Les Kurdes iraniens, un peuple écartelé entre promesses trahies et espoir de libération
Kurdes iraniens : un peuple écartelé entre promesses et espoir

Les Kurdes iraniens, un peuple écartelé entre promesses trahies et espoir de libération

Les combattants kurdes iraniens réfugiés en Irak pourraient-ils être décisifs dans la chute de la mollahrchie ? Mais veulent-ils encore s'engager, comme ils le font à chaque fois en espérant une reconnaissance et une autonomie qui leur échappent sans cesse, prenant le risque d'être de nouveau trahis ? D'ailleurs, pourquoi retrouve-t-on toujours un Kurde armé dans les conflits du Moyen-Orient ?

Un peuple écartelé par l'histoire

Les combattants kurdes, sans qui nous ne serions jamais parvenus à bout de l'État islamique, ont toujours été abandonnés par l'Occident. Cette trahison remonte au 10 août 1920 et la signature du traité de Sèvres entre les Alliés et l'Empire ottoman vaincu. Le traité prévoyait explicitement la création d'un État kurde autonome dans les zones à majorité kurde situées « à l'est de l'Euphrate, au sud de la frontière arménienne ». Trois ans plus tard, le 24 juillet 1923, le traité de Lausanne efface toute référence au Kurdistan sous la pression de Mustafa Kemal, nouveau maître de la Turquie.

Trente à quarante millions de Kurdes se retrouvent écartelés entre quatre pays : Turquie, Irak, Syrie et Iran. Les Kurdes ne sont pas des insurgés par vocation, mais un peuple à qui la communauté internationale a promis un État avant de reprendre par opportunisme et lâcheté leur engagement.

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Les Kurdes iraniens, héritiers des Mèdes

Les Kurdes iraniens sont les descendants des Mèdes – l'un des trois peuples (avec les Perses et les Parthes) du plateau iranien. Les Mèdes ont fondé le premier empire iranien au VIIe siècle av. J.-C. Puis Cyrus le Grand crée l'Empire achéménide en y intégrant totalement les Mèdes. Le célèbre chanteur kurde Nasser Razazi le formule de manière limpide en citant Moustafa Barzani, principal chef du mouvement national kurde d'Irak au début du XXe siècle : « Partout où il y a du kurde, il y a de l'Iran. »

Les Kurdes d'Iran sont majoritairement sunnites, ce qui les distingue de la majorité chiite perse et azérie, mais ils sont avant tout iraniens et n'ont jamais réclamé que l'autonomie dans le cadre d'un État fédéral. Les Kurdes iraniens ne sont pas séparatistes, la charte de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien, fondée le 22 février 2026, le confirme : elle s'engage à « la coopération et l'alliance avec les autres nations et peuples opprimés d'Iran sur la base du respect mutuel et d'objectifs démocratiques partagés », et promeut une « gouvernance démocratique pour l'Iran dans son ensemble ».

Quarante-sept ans de répression

La mollahrchie a passé les quarante-sept dernières années à traiter les Kurdes en ennemis intérieurs. Khomeiny leur a déclaré le djihad dès le 19 août 1979, les qualifiant d'« infidèles ». Environ 10 000 Kurdes iraniens ont été tués pendant la guerre du Kurdistan (1979-1983). Le « juge pendeur » Khalkhali a condamné des milliers de Kurdes à mort dans des procès sommaires. Plus de 271 villages kurdes ont été entièrement détruits entre 1980 et 1992. Près de la moitié des prisonniers politiques iraniens sont des Kurdes.

Et pourtant. C'est l'assassinat d'une jeune femme iranienne d'origine kurde, Mahsa Amini, par la police des mœurs pour un voile mal porté, le 16 septembre 2022, qui a déclenché le plus vaste mouvement de contestation en Iran depuis 1979. Et c'est un slogan kurde, Jin, Jîyan, Azadî ! (Femme, vie, liberté), qui est devenu le cri de ralliement de tout un peuple.

Une lutte fédératrice, non centrifuge

Contrairement à ce que la mollahrchie affirme, la lutte kurde n'est pas centrifuge mais fédératrice. Comme le résume Mazyar Ebrahimi, premier secrétaire du Parti patriotique kurde iranien : « En tant qu'Iranien kurdophone, dont les racines plongent profondément dans le sol de cette terre ancienne, je me tiens fièrement. Les Kurdes patriotes ont toujours été une partie inséparable de l'histoire et de l'identité de l'Iran. De la Révolution constitutionnelle à la guerre de huit ans, les Kurdes ont versé leur sang pour l'intégrité de l'Iran. »

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Les Kurdes iraniens ne veulent pas démembrer l'Iran, ils veulent le libérer et y vivre enfin comme ce qu'ils ont toujours été : des héritiers des Mèdes qui ont fondé le premier empire iranien, il y a vingt-sept siècles. Un peuple qui, malgré les trahisons et les persécutions, continue de croire en un avenir démocratique pour l'Iran tout entier.