Les électeurs islandais sont appelés aux urnes ce samedi 29 août pour un référendum consultatif sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne. Selon un sondage Gallup réalisé à la mi-août, le « oui » dispose d'une légère avance, avec 51,5 % des intentions de vote. En cas de victoire, Reykjavik pourrait revenir à la table des négociations, mais un second référendum serait nécessaire pour approuver une éventuelle adhésion.
Un scrutin dans un contexte d'incertitudes
Ce vote intervient alors que l'Islande est confrontée à de multiples incertitudes géopolitiques et économiques. Les guerres, le changement climatique, les tensions commerciales et les interrogations sur l'avenir de l'OTAN sous la pression de Donald Trump pèsent sur le débat. Les menaces du président américain concernant une possible annexion du Groenland, voisin le plus proche de l'Islande, ont également ajouté une dimension géopolitique supplémentaire à ce scrutin.
Les enjeux économiques et identitaires
Les partisans du « oui » voient dans l'Europe un moyen de renforcer la stabilité économique et le poids politique de l'Islande. Les opposants redoutent, eux, une perte d'autonomie. Dans un pays qui n'a obtenu son indépendance complète qu'en 1944, après des siècles de domination norvégienne puis danoise, la question européenne renvoie à la définition de l'identité nationale et à la place de l'Islande dans le monde.
Le souvenir de la crise financière de 2008 pèse également sur le débat. L'effondrement des banques islandaises et la chute de la monnaie avaient alors conduit le pays à envisager une adhésion à l'UE. Le projet s'était essoufflé avec la reprise économique. Aujourd'hui, certains estiment que l'adhésion pourrait renforcer la confiance des investisseurs, faciliter l'accès à l'euro, réduire l'exposition aux fluctuations de la couronne islandaise, et contribuer à limiter l'inflation et à faire baisser les taux d'intérêt.
La pêche, point de friction majeur
Les opposants répondent qu'une intégration européenne imposerait davantage de règles et réduirait la capacité du pays à adapter rapidement sa politique économique. La pêche concentre leurs principales inquiétudes, certains craignant qu'une adhésion ne fragilise cette industrie majeure. L'Islande avait d'ailleurs abandonné sa précédente candidature à l'UE en 2015, notamment en raison du désaccord sur les quotas de pêche.
Une polarisation inédite
Sur le plan géopolitique, les partisans d'un rapprochement avec l'UE utilisent les tensions autour du Groenland pour défendre l'idée qu'une relation plus étroite avec le bloc renforcerait la sécurité de l'Islande. Leurs détracteurs appellent à ne pas donner trop de légitimité aux déclarations provocatrices du dirigeant américain. Ce débat fait émerger une polarisation inhabituelle sur l'île. Dans les pages du New York Times, la professeure de droit Margret Einarsdottir estime retrouver des similitudes avec la polarisation de l'opinion et la désinformation américaines.
Le résultat de ce référendum, s'il est positif, pourrait donc relancer un processus long et incertain, mais il marquerait un tournant dans la politique étrangère islandaise. Les électeurs devront trancher entre une intégration européenne jugée stabilisatrice et une indépendance chèrement acquise.



