Iran-USA : un accord qui consacre la défaite du régime théocratique
Iran-USA : la défaite du régime théocratique

Monde • Iran Accord Téhéran-Washington : « C’est la défaite du régime théocratique islamique, et la victoire de l’État national iranien »

Entretien Les présidents américain et iranien ont signé mercredi soir un mémorandum sur la fin de la guerre au Moyen-Orient. Le chercheur Bernard Hourcade décrypte les dessous de ce texte crucial.

Propos recueillis par Sarah Diffalah

Publié le 19 juin 2026 à 13h00

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Dans les rues de Téhéran, le 18 juin 2026, jour de la signature du protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis. Crédit : FATEMEH BAHRAMI/ANADOLU VIA AFP

L’Iran et les États-Unis viennent de signer un protocole d’accord en quatorze points, censé mettre fin à l’affrontement armé qui ébranle le Moyen-Orient depuis le début des frappes israélo-américaines le 28 février. Limitation du programme nucléaire de Téhéran, levée des sanctions, déminage et réouverture du détroit d’Ormuz, plan de reconstruction de 300 milliards de dollars (260 milliards d’euros) pour l’Iran… Le mémorandum, qui doit être encore finalisé dans un délai de soixante jours, dessine, peut-être, un retour à une relative stabilité dans la région après trois mois et demi de conflit.

Alors que les premières négociations entre les deux parties prévues ce vendredi 19 juin en Suisse ont finalement été reportées sine die, le chercheur Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS et grand spécialiste de l’Iran, décrypte les angles morts de ce texte crucial paraphé mercredi 17 juin.

Après les milliers de morts et le chaos qu’a connus le Moyen-Orient, s’agit-il d’un véritable traité de paix ou d’une trêve pragmatique dictée par l’impasse pour les États-Unis et l’Iran ?

Bernard Hourcade Cet accord est d’abord une victoire incontestable du peuple iranien. Les révoltes, des femmes et des hommes qui ont lutté pour leurs droits, ont forcé le régime à accepter des concessions majeures. C’est la défaite du régime théocratique islamique, et la victoire de l’État national iranien. Le mémorandum n’est pas un simple cessez-le-feu ; il représente un changement de paradigme. Les États-Unis, de leur côté, ont reconnu qu’ils ne pouvaient pas imposer une solution militaire. L’impasse était totale, avec des pertes humaines et économiques insoutenables. Cet accord pragmatique permet de sortir par le haut, mais il reste fragile.

Quels sont les points clés de cet accord ?

Le texte comporte quatorze articles. Le plus important concerne le nucléaire : l’Iran s’engage à limiter son enrichissement d’uranium à 3,67 %, sous contrôle de l’AIEA. En échange, les sanctions économiques sont levées progressivement. Un autre point crucial est la réouverture du détroit d’Ormuz, avec un déminage coordonné. Enfin, un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars est prévu, alimenté par les pays du Golfe et des institutions internationales. Cela permettra de reconstruire les infrastructures détruites par les frappes.

Ce plan de reconstruction est-il réaliste ?

Il est ambitieux, mais nécessaire. L’Iran a subi des dommages estimés à plus de 500 milliards de dollars. Les 300 milliards annoncés ne couvrent qu’une partie. La mise en œuvre dépendra de la bonne volonté des donateurs et de la transparence du gouvernement iranien. Il faudra aussi lutter contre la corruption. Mais c’est un signal fort : la communauté internationale s’engage à aider l’Iran à se relever.

Y a-t-il des risques que cet accord ne tienne pas ?

Bien sûr. Les extrémistes des deux côtés peuvent le saboter. En Iran, les Gardiens de la révolution et les religieux radicaux voient cet accord comme une trahison. Aux États-Unis, les faucons de la guerre peuvent faire pression pour le torpiller. De plus, les négociations en Suisse ont été reportées, ce qui montre que les détails techniques sont épineux. Mais la volonté politique semble forte, car personne ne veut retourner à la guerre.

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Quel rôle pour l’Europe dans cet accord ?

L’Europe a été marginale dans les négociations, mais elle peut être un facilitateur. Elle peut garantir le volet économique, en rassurant les investisseurs et en aidant à la reconstruction. La France, notamment, a des liens historiques avec l’Iran. Mais il faudra que l’Europe parle d’une seule voix, ce qui n’est pas gagné.

Et pour le peuple iranien, que change cet accord ?

Il apporte un espoir immense. La levée des sanctions va améliorer la vie quotidienne : accès aux médicaments, aux biens de consommation, à l’emploi. Mais surtout, il donne un souffle à la société civile. Les femmes, les jeunes, les travailleurs ont montré qu’ils pouvaient faire plier le régime. Cet accord est leur victoire. Le chemin vers la démocratie sera long, mais une étape majeure a été franchie.