Iran : Nouvelle vague de protestations étudiantes et menace militaire américaine
Iran : Protestations étudiantes et menace militaire américaine

Iran : La colère étudiante ressurgit dans un contexte de tensions internationales

La colère gronde à nouveau en Iran, plus de quarante jours après la répression sanglante des manifestations. Ce week-end, de nouveaux rassemblements de protestation ont été organisés au sein des plus grands établissements supérieurs du pays, marquant une résurgence significative du mouvement contestataire.

Des universités en ébullition

De la prestigieuse université de Téhéran à l'université Sharif, en passant par l'établissement de technologie Amir Kabir et la faculté des arts de la capitale, des dizaines d'étudiants ont scandé des slogans virulents comme « Mort au dictateur ! », « Mort à Khamenei ! » et « Longue vie au Chah ». Les confrontations avec les miliciens pro-régime bassidjis ont parfois dégénéré, illustrant la tension persistante sur les campus.

Menace militaire américaine croissante

Parallèlement, les menaces d'une intervention militaire américaine se font de plus en plus pressantes. Le porte-avions Gerald Ford, accompagné de trois destroyers, est arrivé samedi en mer Méditerranée pour renforcer l'armada navale déjà positionnée en mer d'Oman. Des pourparlers de la dernière chance sont prévus jeudi 26 février à Genève, sous médiation omanaise, pour tenter d'éviter un scénario de guerre.

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Analyse de Saeed Laylaz : L'impasse iranienne

Saeed Laylaz, conseiller économique de l'ancien président réformateur Mohammad Khatami et professeur à l'université Shahid Beheshti de Téhéran, livre une analyse sans concession de la situation. Emprisonné en 2009 pour ses critiques, il reste une voix respectée au sein du système.

Une crise économique et sociale profonde

« À l'image des quatre-vingt-dix millions d'Iraniens, la situation est au mieux de ce qu'elle pourrait être après tout ce que nous avons connu », déclare-t-il. Il souligne l'absence de programme clair du gouvernement pour résoudre les problèmes structurels : « Cela équivaut à une marmite dont le feu est toujours allumé. »

Les chiffres sont alarmants :

  • Inflation autour de 47-48%
  • Indice de misère à 55 points, multiplié par trois depuis 2017
  • Combinaison de récession et pauvreté croissante

Laylaz insiste : « Aucun changement tangible n'a eu lieu pour amener le calme. » Les récentes mesures, comme le remplacement du gouverneur de la Banque centrale, restent insuffisantes.

Trois fractures historiques

L'analyste identifie trois fractures simultanées :

  1. Une crise économique extrêmement grave
  2. Des fractures sociales et culturelles accentuées
  3. Une entreprise de déstabilisation du pays à son intensité maximale

Il évoque des « services de sécurité étrangers » favorables à cette déstabilisation, notant que les récentes manifestations nocturnes contrastent avec les mobilisations diurnes de la révolution de 1979.

Absence d'alternative politique

Malgré les slogans en faveur de Reza Pahlavi, Laylaz minimise son importance : « Le peuple est en colère et exprime ses protestations. » Il estime que la République islamique n'a pas d'alternative crédible, créant une impasse politique où même les deux tiers de la population opposés au régime ne parviennent pas à s'unir.

Risque de guerre et enjeux pétroliers

Une menace sérieuse

Laylaz juge élevé le risque d'une guerre, notant que l'Iran est le dernier pays dont le pétrole échappe aux États-Unis après la chute du Venezuela. Il anticipe un rôle plus important de la Chine et de la Russie.

Les véritables motivations américaines

Contrairement aux discours officiels sur le nucléaire, Laylaz est convaincu que « les Américains font pression sur l'Iran pour le pétrole et l'économie ». Il rappelle que l'Iran fournit plus d'un million de barils par jour à Pékin, ce qui en fait un enjeu stratégique dans la compétition sino-américaine.

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Scénarios d'avenir : Un Bonaparte iranien ?

Face à l'impasse, Laylaz envisage l'émergence d'une figure bonapartiste au sein du système, probablement issue du puissant Corps des Gardiens de la révolution. « Lorsqu'une personnalité émerge de l'intérieur, celle-ci est en mesure d'ouvrir un couloir permettant au pouvoir d'arriver à une situation nouvelle », explique-t-il, tout en prévenant que la situation politique intérieure risque de se compliquer.

Il conclut sur une note pessimiste mais réaliste : « La République islamique est arrivée à une impasse fonctionnelle. » Sans alternative crédible et face à des pressions internes et externes croissantes, l'Iran semble pris dans une spirale dont l'issue reste incertaine.