La mort de Khamenei : un choc pour l'Iran après les frappes israélo-américaines
L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l'Iran âgé de 86 ans, est mort samedi 28 février 2026 lors des frappes conjointes israéliennes et américaines sur le territoire iranien. Ce décès marque la fin de 36 années de gouvernance à la tête de la République islamique, soulevant des questions cruciales sur l'avenir du régime. Selon Azadeh Kian, sociologue et professeure émérite à l'université Paris Cité, le régime est institutionnalisé et pourrait survivre, mais sa stabilité est désormais mise à rude épreuve.
Un régime préparé mais affaibli
Avant le début des attaques, Ali Khamenei avait anticipé sa possible mort et avait transmis ses pouvoirs décisionnaires à Ali Larijani, qui dirige le Conseil supérieur de la Sûreté nationale. Cette précaution permet au régime de maintenir une certaine continuité dans l'immédiat. Cependant, la disparition de Khamenei rompt le lien essentiel qu'il tissait entre les différents dirigeants du pays. Les institutions peuvent continuer à fonctionner, mais personne ne pourra recréer rapidement ce rôle unificateur, ce qui affaiblit considérablement la structure du pouvoir.
Si les frappes se poursuivent et que l'Iran perd ses capacités militaires, comme ses missiles, un effondrement graduel du régime devient très envisageable. Pour l'instant, le système tient, même avec la perte de quelques commandants en chef et l'absence du guide suprême.
La question de la succession et les déclarations de Trump
Donald Trump a affirmé savoir "exactement" qui pourrait diriger l'Iran après la mort de Khamenei, mais Azadeh Kian exprime des doutes. Elle souligne que Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah, bien que populaire dans certaines franges de la population, ne bénéficie pas d'un soutien unanime. Les minorités ethniques et religieuses, qui représentent environ 50% de la population iranienne, comme les Kurdes, les Baloutches et les Turkmènes, ne le soutiennent pas. De plus, un front républicain vient d'annoncer sa création en Iran, ajoutant à la complexité du paysage politique.
Trump, qui n'a pas traditionnellement soutenu Pahlavi – ce dernier étant plutôt associé au Premier ministre israélien Netanyahu – pourrait avoir changé d'avis, mais cela reste incertain. La sociologue met en garde contre les analogies hâtives, rappelant l'échec de l'intervention américaine en Irak avec Ahmed Chalabi.
Un conseil provisoire pour gérer la transition
Un conseil provisoire est en cours de formation pour expédier les affaires courantes et prendre les décisions cruciales, notamment en matière de guerre et d'orientations nationales. Ce conseil inclut le président Massoud Pezeshkian, Gholamhossein Mohseni Ejei à la tête du pouvoir judiciaire, et un membre de l'Assemblée des experts. Ce mécanisme temporaire est nécessaire car, sous les bombardements, l'Assemblée des experts ne peut procéder à l'élection d'un nouveau guide suprême comme le prévoit la Constitution.
Le système a déjà démontré sa résilience en remplaçant les Gardiens tués, similaires au remplacement d'un chef en juin dernier. Ainsi, le vide laissé par Khamenei est rapidement comblé par ce conseil et Ali Larijani, tant que les forces armées continuent de soutenir le régime. Toutefois, si Trump décidait d'éliminer ces figures, la situation pourrait basculer.
Conséquences et perspectives d'avenir
La mort de Khamenei, après 36 ans de règne ferme, crée indubitablement un vide politique, mais celui-ci est partiellement atténué par les structures en place. L'avenir du régime dépendra de sa capacité à résister aux pressions militaires externes et à maintenir l'unité interne. Les prochains jours seront déterminants pour évaluer si la République islamique peut survivre à cette crise majeure ou si elle s'engage sur une voie de déclin progressif.



