Guerre en Iran : les appels téléphoniques précaires des Franco-Iraniens vers leurs proches
Iran : les appels précaires des Franco-Iraniens vers leurs familles

Guerre en Iran : les appels téléphoniques précaires des Franco-Iraniens vers leurs proches

Les communications sont extrêmement brèves. Trente secondes, parfois trois ou quatre minutes au maximum, avant que la ligne téléphonique ne se coupe brutalement. C'est le temps imparti pour s'assurer que leurs parents, leur frère ou leur belle-sœur sont encore en vie et qu'aucune frappe n'a eu lieu à proximité de leur domicile. Depuis le début de la guerre en Iran, Bahram*, Belhi* ou Azar* parviennent à obtenir, de manière totalement irrégulière, des nouvelles de leurs proches habitant à Téhéran.

« On ne peut pas joindre notre famille », regrette amèrement Bahram, alors que le pays subit des bombardements incessants depuis près de vingt jours de la part des forces israéliennes et étasuniennes. Le régime iranien a coupé l'accès à Internet depuis le 28 février, et a lancé une vaste vague d'arrestations contre les vendeurs de terminaux Starlink, le service d'accès à Internet par satellite d'Elon Musk.

Ces Franco-Iraniens se trouvent donc contraints d'attendre d'être appelés par leurs proches restés en Iran, via des moyens précaires comme des cartes téléphoniques prépayées. « Mais ça coûte très cher », déplore cet enseignant de 40 ans. « C'est aussi une manière pour les Gardiens de la révolution de tirer bénéfice de ces appels téléphoniques. »

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« Une guerre psychologique »

Qu'a-t-on le temps de se dire en une minute seulement ? Très peu de choses, en réalité. « Ma belle-sœur veut surtout me rassurer », indique Belhi, qui a reçu un appel vendredi dernier. « Elle me dit que tout va bien, mais, une fois, j'ai vu qu'il y avait eu un bombardement pas loin de chez elle, deux heures avant. » Cette Iranienne de 70 ans vit confinée dans sa maison du centre de Téhéran depuis le début du conflit.

Pour Azar, 35 ans et travaillant dans le monde du spectacle vivant, le dernier appel remonte à samedi. « Mes parents voient des explosions depuis leur fenêtre tout le temps », raconte-t-elle. Âgés d'une cinquantaine d'années, entrepreneurs dans l'informatique, ils habitent à l'est de Téhéran, une zone légèrement moins touchée par les bombardements. « Ma mère m'a dit qu'elle prenait des médicaments pour dormir parce qu'elle est réveillée cinquante fois », poursuit-elle. « Dès qu'ils vont au lit, les explosions s'enchaînent. C'est comme une sorte de guerre psychologique, les gens sont épuisés. »

Bribes d'un quotidien sous les bombes

La mère de Bahram, Myriam, tente elle aussi de ne pas l'inquiéter, en disant de manière évasive qu'elle « entend des bruits ». « Mais une fois, elle m'a appelé très, très angoissée, vraiment terrifiée. Les murs de l'appartement tremblaient, elle ne savait pas où aller », confie-t-il. Elle habite avec le frère de Bahram dans un appartement à proximité des dépôts pétroliers frappés dans la nuit du 7 au 8 mars, qui ont plongé Téhéran sous un nuage toxique noir, accompagné de pluies acides.

« Elle me disait que le ciel était tellement sombre qu'elle pensait que c'était la nuit en plein jour. Elle essaie d'être prudente et met des masques quand elle est obligée de sortir. » Depuis, le nuage s'est dissipé avec les pluies, mais Bahram craint profondément les conséquences de ces particules polluantes et cancérigènes sur la santé de la population. Si sa famille a hésité à partir, elle a choisi finalement de rester à Téhéran, ne sachant pas quel endroit pourrait être considéré comme sûr dans ce contexte.

Le prix des denrées flambe

Les bombardements compliquent également considérablement les tracas du quotidien. Myriam, la mère de Bahram, a vu ses soins dentaires reportés sine die. « Il n'y a plus de médecin. Tout est à l'arrêt. » Tous rapportent que le prix des denrées alimentaires a doublé, voire triplé. C'est par exemple le cas du riz ou des produits laitiers. L'inflation avait déjà commencé lors du mouvement de contestation de janvier, qui s'était terminé par une répression féroce du régime.

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Avant la guerre déjà, la belle-sœur de Belhi, Ashi, lui avait confié qu'elle était « dans la pauvreté », qu'elle ne pouvait « rien acheter, pas même des fruits » alors qu'elle se considérait comme appartenant à la classe moyenne. Alors que le nouvel an iranien sera fêté le 20 mars, c'est « une ambiance vraiment macabre qui règne », selon Bahram. Azar n'est pas sûre que ses parents célèbreront cette fête comme à leur habitude, mais « ils m'ont plusieurs fois dit qu'il fallait continuer à vivre, trouver une illusion de normalité ».

* Tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des personnes concernées.