Les réactions iraniennes face à la guerre : une analyse au-delà des préjugés
Le monde entier a été témoin des vidéos en provenance d'Iran, où l'on pouvait entendre des cris de joie lors des premiers bombardements. Puis, un peu plus tard dans la journée du 28 février, d'autres réactions ont suivi l'annonce de la mort du Guide suprême, Ali Khamenei. Ces images ont suscité des réponses variées, certaines moquant la prétendue « naïveté » des Iraniens, en particulier ceux qui pensent que cette guerre a été déclenchée pour leur bien.
Une vision paternaliste et orientaliste à déconstruire
Ces commentaires relèvent d'une vision aussi paternaliste qu'orientaliste, qui mérite d'être remise en question. Le peuple iranien est l'un de ceux qui souffrent le plus des dynamiques géopolitiques, et ce, depuis des décennies. Il en connaît parfaitement les mécanismes et les conséquences, accumulant une expérience douloureuse que nous ne pouvons ignorer. Nous n'avons rien à lui apprendre sur ces réalités complexes.
Non, ces Iraniens ne sont pas « naïfs ». La question que l'on devrait plutôt se poser est : quel niveau de souffrance ont enduré les Iraniens pour qu'une partie d'entre eux en vienne à espérer que l'on bombarde son propre pays, ou se réjouisse de l'assassinat de l'un de ses dirigeants ? La réponse est d'une brutalité insoutenable, mais nous la connaissons, car elle reflète des années de répression et de conflits.
Entre terreur et espoir : l'oscillation émotionnelle en Iran
Depuis le déclenchement de cette nouvelle guerre, nous sommes nombreux à osciller entre une terreur immense et un sentiment qui avait presque disparu à propos de l'Iran : un espoir fou, lui-même mêlé à la culpabilité d'éprouver de l'optimisme. Cette ambivalence est d'autant plus poignante que le bilan humain s'alourdit de jour en jour, plongeant le pays dans un deuil perpétuel et rappelant les pertes passées.
Nous ne cessons jamais de penser à celles et ceux qui, par milliers, sont morts au cours du mois ou des années passées et qui auraient mérité, eux aussi, de pouvoir continuer à espérer. Cette mémoire collective ajoute une couche de complexité aux réactions actuelles, soulignant la résilience et la douleur du peuple iranien.
L'Iran comme point de gravité et source d'inspiration
L'Iran n'appartient pas à mes racines, mais il s'est entrelacé à mes branches il y a de cela une décennie, jusqu'à devenir une des parts les plus importantes de ma réalité. Ce pays a bouleversé mon existence et redéfini ma trajectoire, grâce à la joie, la poésie et la beauté qui irriguent ce territoire et ses habitants.
Les Iraniens que j'ai rencontrés et que j'aime m'ont enseigné une leçon précieuse : la croyance en des jours meilleurs est une donnée essentielle à la survie. Cette leçon résonne aujourd'hui dans les réactions contrastées face à la guerre, montrant que l'espoir persiste malgré l'adversité, et que les jugements hâtifs ne rendent pas justice à la profondeur de l'expérience iranienne.



