Dans un entretien accordé au Point, l'ancien ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, livre son analyse sur l'accord récent entre Washington et Téhéran. Selon lui, cet accord marque un tournant géopolitique majeur qui isole davantage Israël sur la scène internationale.
Un accord inattendu qui rebat les cartes
L'accord, négocié dans le plus grand secret, prévoit un échange de prisonniers et un dégel partiel des fonds iraniens bloqués. En contrepartie, Téhéran s'engage à limiter certaines de ses activités nucléaires. Gérard Araud souligne que cette initiative américaine, menée sans consultation préalable de ses alliés traditionnels, a pris de court Jérusalem.
« Ce que l'on voit, c'est une administration Biden qui, tout en maintenant une rhétorique ferme, cherche à désamorcer les tensions avec l'Iran. Cela laisse Israël dans une position très inconfortable », explique l'ancien diplomate.
La stratégie israélienne mise à mal
Israël, qui prônait jusqu'ici une ligne dure à l'égard de l'Iran, se retrouve isolé. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a vivement critiqué cet accord, le qualifiant de « capitulation » face au régime des mollahs. Pourtant, Gérard Araud estime que cette opposition frontale pourrait se révéler contre-productive.
« Israël n'a pas été associé aux négociations et se retrouve dans une situation de solitude diplomatique. Ses alliés traditionnels, notamment les États-Unis, semblent privilégier le dialogue avec Téhéran », analyse-t-il.
Un contexte régional complexe
L'accord intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées, notamment avec la guerre en Ukraine et les rivalités au Moyen-Orient. Gérard Araud rappelle que l'Iran reste un acteur incontournable, doté d'une influence considérable via ses proxys au Liban, en Syrie et au Yémen.
« L'accord ne résout pas les problèmes de fond, mais il permet de baisser la température. Pour Israël, c'est un signal inquiétant : Washington semble prêt à faire des concessions pour stabiliser la région », ajoute-t-il.
Les implications pour la sécurité d'Israël
L'ancien ambassadeur s'interroge sur les garanties de sécurité offertes à Israël dans ce nouvel équilibre. Il note que les États-Unis ont réaffirmé leur engagement envers la sécurité de l'État hébreu, mais que les modalités concrètes restent floues.
« L'administration Biden doit maintenant trouver un équilibre entre la volonté de réduire les tensions avec l'Iran et la nécessité de rassurer Israël. C'est un exercice délicat », conclut Gérard Araud.
Vers un réalignement diplomatique ?
Cet accord pourrait également accélérer un réalignement des alliances au Moyen-Orient. Les pays du Golfe, traditionnellement méfiants envers l'Iran, observent avec attention les développements. Gérard Araud évoque la possibilité d'une normalisation des relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran, ce qui renforcerait encore l'isolement d'Israël.
« La dynamique régionale évolue rapidement. Israël doit repenser sa stratégie pour ne pas rester en marge des nouvelles équilibres », prévient-il.



