Une frappe israélienne frappe le cœur de Beyrouth, plongeant le Liban dans l'inquiétude
Au Liban, un sentiment d'insécurité grandissant s'empare de la population après une frappe israélienne ciblant un hôtel de Beyrouth, témoignant d'une escalade alarmante du conflit et de ses répercussions dramatiques sur les civils. « Un sublime décor romantique », proclame un panneau face à l'arche naturelle emblématique baignant dans les eaux turquoise de la Méditerranée. Rien ne laissait présager qu'Israël frapperait le pôle touristique et économique de la capitale libanaise, jusqu'à dimanche au petit matin.
L'attaque précise du Ramada Plaza et ses conséquences immédiates
À quelques mètres seulement de la « Grotte aux pigeons », site iconique de Beyrouth, le Ramada Plaza, un hôtel quatre étoiles, a été visé par une attaque qui a coûté la vie à quatre personnes. Une chambre du quatrième étage s'est transformée en un trou béant encadré de murs noircis, tandis que les vitres des pièces adjacentes ont volé en éclats, tout comme les pare-brise de véhicules stationnés dans la rue. « Regardez comme les tirs ont été précis, probablement une attaque de drone », observe un badaud se mêlant aux journalistes sur place.
L'armée israélienne a affirmé avoir ciblé « des commandants-clés » liés aux Gardiens de la révolution islamique, l'armée idéologique iranienne. Cependant, il n'a pas été possible de vérifier de manière indépendante l'identité des victimes. D'ordinaire fréquentés par les touristes et les hommes d'affaires, les hôtels du quartier sont désormais pris d'assaut par des familles déplacées de la banlieue sud de Beyrouth, depuis la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah.
Les témoignages poignants d'une population vulnérable
« N'importe qui aurait pu mourir s'il avait eu la malchance de se trouver près du bâtiment », dénonce Mohammad Zaher, un ingénieur venu marcher sur la corniche ensoleillée, jugeant qu'Israël « se moque éperdument des civils ». Il ajoute, d'un air las : « Les gens viennent de tout Beyrouth pour se détendre et changer d'air, profiter de la mer, de la beauté des lieux, mais surtout de la sécurité. »
Zainab, 41 ans, a été réveillée en pleine nuit par le bruit de l'explosion. Elle dort avec son mari et ses trois enfants dans sa voiture garée sur le front de mer, après avoir fui son village dans le sud du pays, également bombardé. « Nous nous sommes précipités pour voir ce qu'il se passait », raconte-t-elle, alors que des dizaines de clients paniqués fuyaient l'établissement avec leurs bagages. « Même pendant la dernière guerre, nous venions nous promener ici avec les enfants avant de retourner au village. Désormais, nous ne sommes plus en sécurité nulle part au Liban. »
Un sentiment d'insécurité généralisé et ses impacts économiques
Une crainte largement partagée par les promeneurs croisés sur le front de mer dimanche. « Il n'y a plus aucun endroit sûr », commente Salem Zaayter, expatrié en Suède depuis plus de 30 ans. « On est arrivés ici pour des vacances deux jours avant que la guerre commence. Le climat est doux, la nourriture est délicieuse, et puis j'ai beaucoup de souvenirs ici, je venais y jouer quand j'étais enfant […] mais tout ça, c'est fini maintenant. »
Sur la corniche, un curieux mélange de sportifs bronzés et de familles en errance fourmille, alors que les autorités peinent à gérer l'afflux de centaines de milliers de déplacés dans le pays. Des tentes ont été dressées à l'ombre des palmiers pour accueillir ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un hôtel et n'ont pas trouvé de place dans les écoles réquisitionnées.
Des mères assises sur des matelas nourrissent leurs bébés, des adolescents désœuvrés enchaînent les cigarettes. « Bien sûr, j'ai peur que les frappes recommencent, cela pourrait affecter mon commerce et la sécurité du quartier, je devrais déménager », confie Moussa, qui gère un petit café au pied de l'hôtel Ramada. De l'autre côté de la route, Hassan, voiturier d'un restaurant chic en bord de mer, attend d'un air blasé des clients introuvables. « Avant, on avait des touristes, les affaires marchaient. Maintenant il n'y a plus rien. Juste des gens qui zonent », résume-t-il amèrement.
Cette frappe israélienne sur Beyrouth souligne non seulement l'intensification du conflit, mais aussi la détresse croissante d'une population prise entre les violences et un avenir incertain, où la sécurité semble devenir un luxe inaccessible.



