Au cœur des conflits qui déchirent le Moyen-Orient, un phénomène surprenant émerge : des forteresses médiévales, témoins silencieux des croisades et des empires ottomans, retrouvent une fonction militaire active. Ces châteaux forts, souvent perchés sur des collines ou des points stratégiques, sont réinvestis par les armées modernes, qu’il s’agisse de forces gouvernementales, de milices ou de groupes rebelles.
Un retour aux sources stratégiques
Construits entre les XIe et XIIIe siècles, ces édifices étaient conçus pour dominer les routes commerciales et les voies d’invasion. Aujourd’hui, leur position dominante offre un avantage tactique indéniable. Au Yémen, en Syrie ou en Irak, des châteaux comme celui de Krak des Chevaliers en Syrie ou Al-Shahba en Irak sont utilisés comme bases arrière, postes d’observation ou dépôts de munitions. Les murs épais, les douves et les tours offrent une protection naturelle contre les frappes aériennes et les tirs d’artillerie.
Adaptation aux conflits modernes
Les armées contemporaines n’hésitent pas à moderniser ces structures. Des tranchées sont creusées autour des remparts, des systèmes de communication installés dans les donjons, et des véhicules blindés garés dans les cours intérieures. Certains groupes, comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen, ont transformé des forteresses en centres de commandement souterrains, profitant de la complexité des labyrinthes médiévaux pour se dissimuler.
- Krak des Chevaliers : occupé par les rebelles syriens puis repris par l’armée, il sert aujourd’hui de base pour contrôler la région de Homs.
- Citadelle d’Alep : utilisée comme position défensive lors des combats, elle a subi des dommages importants mais reste un point stratégique.
- Château de Shawbak en Jordanie : bien que moins actif dans les conflits, il est utilisé pour des exercices militaires.
Un patrimoine en péril
Cette réutilisation militaire n’est pas sans conséquence. Les bombardements, les tirs et les aménagements modernes endommagent irrémédiablement ces sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les archéologues et historiens déplorent la perte de fresques, de sculptures et de structures originales. « Ces forteresses sont des livres d’histoire en pierre, et chaque balle qui frappe leurs murs efface une page », déplore un expert de l’UNESCO.
Un phénomène mondial
Si le Moyen-Orient est particulièrement concerné, d’autres régions du monde voient aussi des forts anciens retrouver une utilité militaire. En Afghanistan, des citadelles du XIIIe siècle sont utilisées par les talibans. Dans le Caucase, des tours médiévales servent de postes de guet. Cette tendance souligne que la géographie et l’architecture restent des facteurs clés dans la guerre, même à l’ère des drones et des satellites.
Pour les populations locales, ces forteresses sont souvent un symbole de résistance ou d’oppression, selon le camp qui les occupe. Leur transformation en bases militaires renforce leur dimension politique et identitaire, au-delà de leur simple valeur tactique.



