Un texte fondateur détourné
Le 4 juillet 2026 marque le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Ce texte fondateur, rédigé par Thomas Jefferson, a été détourné par l'extrême droite américaine, qui y puise une mythologie et une justification morale pour ses actions, selon une analyse publiée dans Le Monde.
Depuis plusieurs décennies, des groupes d'extrême droite, comme les milices ou les suprémacistes blancs, invoquent la Déclaration pour légitimer leur opposition au gouvernement fédéral. Ils interprètent le droit à la révolution comme un appel à la résistance armée contre ce qu'ils considèrent comme une tyrannie.
Une réinterprétation historique
L'historien David Armitage, spécialiste de la Déclaration, explique que "ce texte a fourni à l'extrême droite américaine une mythologie et une justification morale". Selon lui, le document est souvent cité hors contexte pour soutenir des idéologies anti-étatiques et nativistes. Par exemple, le passage sur "la poursuite du bonheur" est interprété comme un droit individuel absolu, justifiant le rejet de toute régulation gouvernementale.
Cette réinterprétation s'appuie sur une lecture sélective des principes des Lumières, ignorant l'engagement des Pères fondateurs pour un gouvernement républicain fort. En 2025, une enquête du Pew Research Center a révélé que 42 % des Américains estiment que le gouvernement menace leurs libertés, un sentiment particulièrement fort chez les sympathisants de droite radicale.
Un usage politique contemporain
Lors des émeutes du Capitole en janvier 2021, certains manifestants portaient des pancartes reprenant des phrases de la Déclaration. Des groupes comme les Oath Keepers citent régulièrement le texte dans leurs communications. "Ils se voient comme les héritiers des révolutionnaires de 1776", note Armitage.
Cette appropriation est facilitée par l'absence de contexte historique dans l'enseignement scolaire. Selon une étude de 2024, seuls 30 % des lycéens américains sont capables d'expliquer le sens original de la Déclaration. Les figures de l'extrême droite, comme le commentateur Tucker Carlson, utilisent ce vide éducatif pour promouvoir une vision déformée de l'histoire.
Conséquences sur la démocratie
Cette mythologie a des conséquences concrètes. En 2023, le FBI a recensé 73 complots d'extrême droite justifiés par une prétendue défense de la Constitution. Le sénateur Bernie Sanders a déclaré : "La Déclaration d'indépendance est un document magnifique, mais il ne peut pas être utilisé pour justifier la violence contre notre propre démocratie."
Alors que les célébrations du 250e anniversaire battent leur plein, le débat sur l'héritage du texte reste vif. Pour Armitage, "le vrai danger est que cette réécriture de l'histoire sape les fondements mêmes de la démocratie américaine".



