Alors que l'Europe semblait retrouver son unité autour de l'Ukraine après la défaite électorale de Viktor Orban en Hongrie, les fantômes de la Seconde Guerre mondiale resurgissent pour diviser Varsovie et Kiev. Le souvenir des massacres de Polonais par des Ukrainiens en 1943 creuse un fossé béant entre les deux alliés, offrant un avantage stratégique à Moscou au détriment des intérêts européens.
Le massacre de Volhynie, une plaie toujours ouverte
En 1943, dans la région de Volhynie, alors sous occupation nazie, des nationalistes ukrainiens de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) ont tué entre 60 000 et 120 000 Polonais, selon les historiens. Ces crimes, perpétrés dans le cadre d'une purification ethnique, restent un sujet extrêmement sensible en Pologne. Le gouvernement polonais exige que Kiev reconnaisse officiellement ces événements comme un génocide et autorise l'exhumation des victimes pour leur offrir une sépulture digne.
Des tensions diplomatiques croissantes
La Pologne, pourtant l'un des plus fervents soutiens de l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie, a durci le ton. En août 2023, Varsovie a convoqué l'ambassadeur ukrainien pour protester contre les déclarations d'un haut responsable ukrainien minimisant les massacres. De son côté, Kiev estime que ces demandes sont inopportunes en temps de guerre et pourraient affaiblir la cohésion face à l'agression russe. Selon des sources diplomatiques, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé la création d'une commission historique conjointe, mais sans résultat concret.
Moscou exploitent les divisions
La Russie suit avec attention cette discorde. Des médias pro-Kremlin ont déjà amplifié les divergences, accusant la Pologne de vouloir déstabiliser l'Ukraine. « Tout conflit entre alliés est une aubaine pour Moscou, qui cherche à briser le front occidental », analyse un expert en relations internationales. L'unité européenne, cruciale pour maintenir la pression sur la Russie, est mise à mal.
Un enjeu mémoriel et politique
Pour la Pologne, la reconnaissance du massacre de Volhynie est une question de justice historique. Le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), a fait de la mémoire nationale un pilier de son identité politique. En Ukraine, toute concession sur ce sujet risquerait de raviver les tensions avec les nationalistes ukrainiens, alliés précieux dans la guerre actuelle. Les deux pays sont donc pris dans un dilemme : préserver leur alliance stratégique ou satisfaire leurs opinions publiques respectives.
L'Union européenne, elle, observe avec inquiétude. Bruxelles craint que ces querelles n'affaiblissent la coalition occidentale et ne donnent des arguments à Moscou. La Hongrie de Viktor Orban, bien que vaincue aux élections, pourrait profiter de ces divisions pour relancer son agenda pro-russe au sein de l'UE.



