L'émissaire américain Steve Witkoff est en route ce samedi 20 juin pour la Suisse afin de mener des discussions avec l'Iran, après le report des négociations entre les États-Unis et l'Iran. Son déplacement intervient alors que « les États-Unis et l'Iran s'efforcent de remettre sur les rails les discussions techniques » à la suite du protocole d'accord, a rapporté CNN. L'envoyé de Trump, Jared Kushner, est également attendu en Suisse pour des pourparlers.
Un accord controversé signé à Versailles
L'incertitude règne quant au démarrage, initialement prévu vendredi en Suisse, des pourparlers en vue d'une paix définitive, après que le vice-président américain JD Vance, qui devait se rendre en Suisse, a annulé son voyage. L'accord, signé en grande pompe mercredi 17 juin à Versailles, après trois mois et demi de guerre, est critiqué aux États-Unis, y compris dans le camp présidentiel.
Les discussions qui devaient se tenir vendredi afin de consolider l'accord et de travailler à un règlement durable ont été reportées sans qu'aucune nouvelle date ne soit annoncée. Mais les États-Unis ont déjà fait de nombreuses concessions au régime de Téhéran.
La gratuité du détroit d'Ormuz
Le protocole d'accord prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite un cinquième du pétrole brut mondial. Si Washington avait indiqué qu'il « ne tolérera aucune tentative visant à instaurer un système de péage », aucune ligne rouge ne figure dans le texte. Ce dernier indique que l'Iran doit assurer le « passage gratuit et sécurisé des navires de commerce ». Mais pour « 60 jours » seulement. Passé ce délai, « la République islamique d'Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d'Oman afin de définir la future administration et les services maritimes dans le détroit d'Ormuz, en concertation avec les autres États riverains du golfe Persique ».
Une « montagne de cash » pour Téhéran ?
Depuis le début de la guerre, Donald Trump reprochait à Barack Obama d'avoir donné « d'énormes quantités de cash » à l'Iran dans le cadre de l'accord de Vienne de 2015. Le texte signé mercredi offre pourtant de nombreux avantages économiques à Téhéran. Les États-Unis s'engagent ainsi « à mettre fin à tous les types de sanctions » unilatérales et internationales contre l'Iran. En attendant, Washington rend « pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés », une revendication majeure des négociateurs iraniens.
D'ici la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera par ailleurs « des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc ». Enfin, les États-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan « d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique » de l'Iran.
Pas de mention du Hezbollah ni du programme balistique iranien
Alors que Donald Trump était vent debout contre le programme balistique de l'Iran, il a adopté au G7 d'Évian-les-Bains un ton bien plus conciliant. Évoquant un dialogue à venir avec les pays du Golfe à ce sujet, il a déclaré que l'Iran « doit en avoir [des missiles] », car « d'autres » pays, comme l'Arabie saoudite, en sont dotés. « Les missiles ne sont pas le problème. Les missiles, ça atteint de petits emplacements, mais ils ne font pas sauter la planète », a-t-il minimisé. Le protocole d'accord ne fait aucune mention de ce programme. Le document ne dit rien non plus sur le soutien de l'Iran à des groupes armés comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen. De « milices terroristes qui ont semé la terreur », jugeait Donald Trump le 28 février dernier.
La question du nucléaire renvoyée à d'autres négociations
La question du nucléaire, pourtant centrale, est renvoyée à un nouveau cycle de négociation. Le protocole d'accord donne 60 jours à Téhéran et Washington pour négocier un accord définitif sur le démantèlement du programme nucléaire iranien. Un temps jugé bien trop court pour parvenir à un résultat satisfaisant. « Je peux vous assurer qu'ils n'auront pas le temps de tout régler en 60 jours », a déclaré Wendy Sherman, ex-numéro deux du département d'État citée par l'AFP. La responsable avait été l'un des principaux négociateurs de l'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 sous Barack Obama, à l'issue de 18 mois de discussions.
À ce stade, l'accord souligne simplement que l'Iran « ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires », un engagement déjà pris de longue date. Le texte mentionne aussi brièvement l'uranium enrichi iranien, dont le sort sera réglé « selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (…), la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique ».



