Au Liban, la colère monte contre le Hezbollah après les bombardements israéliens
Colère au Liban contre le Hezbollah après les frappes israéliennes

La lassitude d'un peuple face à une nouvelle guerre

Dans un Liban épuisé par des décennies de conflits et une crise économique sans précédent, de nombreux habitants accusent aujourd'hui ouvertement le Hezbollah d'avoir entraîné le pays dans ce qu'ils appellent "la guerre de trop" avec Israël. Les récents bombardements israéliens sur Beyrouth, mercredi, ont ravivé une colère longtemps contenue.

Beyrouth sous les décombres

À Aïcha Bakkar, quartier populaire de la capitale libanaise touché par les frappes, l'ambiance est à la stupeur et à l'amertume. Une femme, le visage ruisselant de larmes, traverse la rue comme une ombre et lance un cri du cœur : « Nous voulons juste vivre en paix. » Elle préfère taire son nom, mais explique que son cousin a été blessé dans l'explosion qui a dévasté un appartement à l'aube, endommageant gravement les habitations voisines.

Venue inspecter les dégâts chez un proche, Amal Hisham, 46 ans, découvre un salon dévasté : les vitres ont volé en éclats, les canapés dorés de style rococo ne sont plus que lambeaux. « Je n'ai que faire du Hezbollah et de tous les autres […] Israël est un État terroriste. Ce sont tous des terroristes qui s'entretuent », s'emporte-t-elle, résumant le sentiment d'impuissance qui gagne les Beyrouthins.

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La fin de la retenue du Hezbollah

La relative retenue dont avait fait preuve le mouvement chiite pro-iranien depuis la fin de sa dernière guerre avec Israël en novembre 2024 appartient désormais au passé. Le 2 mars, ses combattants ont lancé des missiles sur Israël pour venger la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour des attaques israélo-américaines sur l'Iran.

Pour beaucoup de Libanais, cette escalade n'est pas leur guerre. « Le Hezbollah doit remettre ses armes à l'État, un point c'est tout », assène Randa Harb, une commerçante tenant une échoppe de fruits et légumes dans ce quartier à majorité sunnite. Sa colère est partagée par de nombreux habitants qui estiment que le mouvement agit en dehors des intérêts nationaux.

Rumeurs et tensions dans les rues

À peine les victimes évacuées, les rues encombrées de gravats fourmillent de rumeurs sur la cible réelle des frappes israéliennes. « Des hommes du Hezbollah se cachaient là », assure un commerçant, tandis que d'autres évoquent un responsable du Hamas, allié palestinien du mouvement chiite.

Pour Muhammad Ahmad, 42 ans, père de famille, la question de la cible importe peu. « Leur présence est un grand danger pour nous. S'ils veulent mourir en martyrs, qu'ils restent chez eux et se sacrifient tout seuls », lance-t-il, exprimant un rejet croissant de la militarisation du quotidien.

Un soutien qui s'effrite

La popularité du Hezbollah, qui était à son apogée après la guerre de 2006 contre Israël, semble s'effriter progressivement. Le mouvement a perdu l'appui de nombreuses autres communautés qui le perçoivent comme un « État dans l'État ».

Tony Saab, patron d'une épicerie dans le quartier chrétien de Mar Michael, se désole : « Le Hezbollah prend les décisions sans se soucier ni du pays ni de sa propre base. Il mène des combats absurdes. À quoi bon ? Vous tirez un missile, ils en tirent cent en retour ». Ce commerçant de 68 ans incarne un désabusement grandissant.

Les divisions au sein même de la communauté chiite

Le soutien au Hezbollah divise désormais au sein même de la communauté chiite, qui le considérait traditionnellement comme son protecteur. Lina Hamdan, avocate issue d'une famille intellectuelle chiite, affirme : « Personne ne voulait de cette guerre. Qui voudrait aller se suicider ? Ce sont les chiites les premières victimes ».

Opposante de longue date au Hezbollah, elle estime que ce conflit « sera un tournant » pour l'avenir politique et militaire du puissant mouvement. Cette analyse est partagée par de nombreux observateurs qui pointent un changement d'attitude notable.

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Les déplacés, abandonnés à leur sort

L'arrivée massive de déplacés ayant fui la banlieue sud, bastion du Hezbollah pilonné par Israël, ajoute une dimension humanitaire à la crise. Aziza, qui avait accueilli plusieurs familles chiites pendant la dernière guerre en 2024, s'inquiète de cette nouvelle vague.

Elle raconte que des partisans du Hezbollah « ont tiré sur mon fils à la jambe » parce qu'il s'était plaint de les voir déployer leur drapeau en pleine rue. « Depuis, je ne reçois plus personne d'étranger à ma communauté », confie-t-elle, illustrant les tensions intercommunautaires qui resurgissent.

Dans les centres d'accueil improvisés, comme cette école transformée en refuge, le désarroi est palpable. Hiam, 53 ans, mère de famille, s'interroge : « Quel était le but de cette guerre ? Rien de tout cela n'a de sens ». Elle note que le Hezbollah, qui gère pourtant des écoles, des hôpitaux et des organisations communautaires, semble cette fois moins présent pour aider les déplacés. « Cette fois, nous sommes livrés à nous-mêmes », conclut-elle amèrement.

Alors que Beyrouth panse ses plaies, une question hante les esprits : cette guerre marquera-t-elle le début d'un rejet populaire durable du Hezbollah, ou le mouvement parviendra-t-il à retrouver son influence perdue ? Les prochains jours apporteront peut-être des éléments de réponse, mais pour l'instant, c'est la colère et l'épuisement qui dominent dans les rues de la capitale libanaise.