Depuis plusieurs mois, les habitants du hameau de Khirbet al-Markaz, en Cisjordanie, vivent dans la peur. Ce petit village de tentes et de cabanes en tôle, perché sur une colline aride, est la cible d'incursions régulières de colons israéliens venus de la colonie voisine de Shilo. Les violences, les intimidations et les destructions de biens se sont intensifiées, poussant les familles à envisager l'exil.
Un quotidien marqué par la violence
Selon un rapport de l'ONG israélienne B'Tselem, publié en juin 2026, les colons ont attaqué le hameau à sept reprises au cours des six derniers mois. Ces attaques incluent des jets de pierres, des tirs en l'air et des menaces de mort. Le 15 juin, un groupe d'une vingtaine de colons masqués a incendié deux tentes et une réserve de fourrage, causant des dégâts estimés à 15 000 shekels (environ 3 800 euros).
Les villageois, qui vivent de l'élevage de chèvres et de la culture de quelques parcelles, n'osent plus sortir la nuit. « Nous avons peur pour nos enfants. Chaque soir, nous nous demandons si nous allons survivre jusqu'au matin », témoigne Ahmed, un père de cinq enfants, dont le prénom a été modifié par souci de sécurité.
Des terres convoitées
Khirbet al-Markaz se trouve dans une zone classée C, sous contrôle israélien total depuis les accords d'Oslo. Selon l'ONG israélienne Peace Now, les colons de Shilo cherchent à étendre leur colonie vers l'est, où se trouvent les pâturages du hameau. « Ils veulent nous chasser pour prendre nos terres », déplore Mahmoud, un berger de 50 ans.
Les autorités israéliennes, contactées par Le Monde, n'ont pas répondu aux sollicitations. L'armée israélienne, qui patrouille dans la zone, n'est intervenue qu'une seule fois, en avril, pour disperser les colons. « L'armée est souvent absente quand les colons attaquent », affirme Jamil, un autre habitant.
Un exode forcé
Face à cette pression, plusieurs familles ont déjà quitté le hameau. Selon le Conseil régional des villages palestiniens de la région, la population de Khirbet al-Markaz est passée de 120 à 80 habitants en un an. « Si rien n'est fait, le hameau sera vide d'ici la fin de l'année », prévient un responsable local.
Cette situation n'est pas isolée. Selon l'ONU, plus de 200 familles palestiniennes ont été déplacées en Cisjordanie en 2025 en raison des violences de colons, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à 2024. Les colonies israéliennes, considérées comme illégales par le droit international, continuent de s'étendre, alimentant les tensions.
Les habitants de Khirbet al-Markaz, eux, espèrent encore une intervention de la communauté internationale. « Nous ne voulons pas partir, c'est notre terre », conclut Ahmed, le regard las.



