Les images satellites de la mer de Chine méridionale, capturées les 19 juillet et 14 août et recueillies par Reuters, montrent la première grande avancée chinoise dans son projet de construction d'une île artificielle sur le récif d'Antelope, dans l'archipel des Paracels. Après au moins six mois de travaux, le matériel de chantier a quitté l'île, située à 260 kilomètres de la province chinoise de Hainan, la plus proche terre chinoise. Sur la dernière image rendue publique, seul un navire des garde-côtes est amarré aux abords de cette île désormais en forme de C et longue de six kilomètres.
Une piste d'atterrissage potentielle et un quai de 680 mètres
Un tronçon de côte rectiligne de plus de trois kilomètres pourrait accueillir une future piste d'atterrissage. Sur les côtes, un quai de 680 mètres est également identifiable. Ces éléments suggèrent une infrastructure susceptible d'avoir un usage militaire, bien que la Chine affirme le contraire.
Selon les informations relayées par les médias d'État chinois, le récif d'Antelope servirait, une fois achevé, à des besoins civils, comme la prévision météorologique et la recherche scientifique. Par exemple, en juin, dans le China Daily, le chercheur chinois en mer de Chine méridionale, Ding Duo, a affirmé dans un article d'opinion qu'avec des investissements "modestes", "le but est pacifique et constructif" sans recherche de "militarisation". Pour l'heure, les autorités chinoises sont restées silencieuses.
Des experts y voient une base militaire stratégique
Pourtant, tout laisse à penser à une base militaire. Selon les analyses des spécialistes en sécurité régionale et des attachés militaires interrogés par Reuters, le remodelage de ce récif permettrait à la Chine de renforcer ses capacités militaires. Pour le fondateur de la plateforme de données en sources ouvertes PLATracker, Ben Lewis : "La partie nord de la mer de Chine méridionale serait particulièrement importante dans un scénario de conflit sur Taïwan, donc Antelope est idéalement placé".
Selon le chercheur Collin Koh, basé à Singapour, le risque pourrait être qu'Antelope serve à la Chine comme d'un "bastion" en pleine mer. Ces installations de surveillance pourraient notamment compliquer les opérations sous-marines américaines et vietnamiennes, sans que la Chine ne s'expose. Ces points d'appui permettraient également au pays de mieux protéger ses sous-marins. Selon les sources de Reuters, certains experts estiment que c'est en mer de Chine méridionale que Pékin a tiré, le mois dernier, un missile à longue portée depuis un sous-marin.
Au-delà de la défense, cette île artificielle représente une position militaire particulièrement stratégique. Le professeur à l'Australian Defence Force Academy, Carl Thayer, avertit qu'en temps de guerre, cette île compliquerait les avancées des adversaires de la Chine. "C'est une chose de plus dont les États-Unis devraient s'occuper", conclut-il.
Une zone maritime convoitée et des tensions régionales
L'île n'est pas un cas isolé et s'inscrit dans une mer de Chine méridionale particulièrement disputée. Depuis que Pékin a chassé l'armée du Sud du Vietnam en 1974, la Chine occupe l'ensemble de l'archipel des Paracels. Pourtant, le Vietnam continue de revendiquer qu'il en est le propriétaire. En mars dernier, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pham Thu Hang, a affirmé à la Radio Free Asia que "toute activité étrangère menée à Hoang Sa [NDLR : nom vietnamien de l'archipel], y compris sur le récif Hai Sam [nom vietnamien d'Antelope], sans l'autorisation du Vietnam, est totalement illégale et invalide".
Mardi 8 août, les États-Unis ont réagi à la volonté de Pékin de vouloir faire du récif de Scarborough - revendiqué par la Chine, Taïwan et les Philippines - une réserve naturelle. Selon les accusations portées par le porte-parole du département d'État américain, Tommy Pigott, dans un communiqué, l'argument serait plutôt géopolitique : "les tentatives répétées de la Chine visant à imposer sa réserve naturelle nationale sur le récif de Scarborough et à priver les pêcheurs philippins de l'accès à leurs zones de pêche traditionnelles". Il a aussi dénoncé "une nouvelle tentative unilatérale de la Chine d'utiliser des prétextes environnementaux et juridiques douteux, appuyés par des mesures de coercition, pour faire valoir ses revendications territoriales et maritimes".
L'accumulation de ces îles chinoises est susceptible d'accroître les capacités militaires de la Chine sur la région, fait remarquer l'ensemble des chercheurs interrogés par Reuters. Toutefois, en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, même si le récif d'Antelope est devenu une île artificielle, son statut juridique est figé à son état antérieur premier. Par conséquent, cette île ne permet pas à Pékin d'obtenir une zone économique exclusive (ZEE) supplémentaire et les avantages qui vont avec.



