Pourquoi les Russes peignent leurs camions en zèbre pour tromper les drones ukrainiens
Camions zébrés russes : une ruse contre les drones ukrainiens

Il y a une semaine, le conseiller spécial du ministre de la Défense ukrainien, Sergey « Flash » Beskrestnov, publiait sur sa page Facebook des photos d’étranges véhicules. Il s’agissait de camions militaires russes arborant une livrée camouflage au motif zébré plutôt inhabituel. Ce spécialiste, formé à l’Institut militaire des télécommunications et des technologies de l’information de Kiev, assure qu’il s’agit d’une expérimentation des Russes visant à tromper les drones ukrainiens. D’où leur vient cette idée et est-ce que ça marche ? On a la réponse à au moins une de ces questions.

L’inspiration : le zèbre ou le Dazzle ?

Quand on voit ces véhicules russes entièrement recouverts de rayures blanches et noires, on imagine immédiatement que les stratèges de Vladimir Poutine se sont inspirés du zèbre. Et si cet animal n’a a priori rien à craindre des drones ukrainiens, il a bien d’autres prédateurs. Sauf qu’aujourd’hui encore, la communauté scientifique est incapable de se mettre d’accord sur l’utilité des rayures du zèbre. Certes, beaucoup y voyaient un camouflage qui perturberait la vue des grands carnivores de la savane, mais d’autres avançaient les hypothèses d’une protection contre la chaleur ou d’une arme contre les insectes. C’est d’ailleurs cette dernière qui serait la plus plausible selon une étude datant de 2016, publiée par l’équipe du biologiste américain Tim Caro.

Le camouflage « Dazzle » de la Première Guerre mondiale

Plutôt que du zèbre, ce sont plutôt des Anglais que les Russes se sont inspirés, lorsqu’ils ont mis en place le « camouflage disruptif » lors de la Première Guerre mondiale, pour protéger les navires alliés contre les attaques de sous-marins allemands. Dans un ouvrage consacré à cette méthode de camouflage, appelée « Dazzle », les auteurs expliquent que l’idée était de peindre des motifs à fort contraste sur les bateaux, « censés notamment perturber la perception de la direction par les sous-mariniers lors du tir de torpilles ». Mise en pratique en 1917, cette technique n’a pas forcément atteint ses objectifs selon l’ouvrage, précisant que le nombre de navires touchés par des torpilles cette année-là était « nettement supérieur à celui de l’année précédente ». Le camouflage Dazzle a d’ailleurs été beaucoup moins utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale en raison, notamment, de l’arrivée des radars.

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Du Dazzle à l’automobile

Si le motif Dazzle a été abandonné par les marines militaires, il a néanmoins été récupéré par l’industrie automobile. Pas pour éviter les mouches qui piquent ou les torpilles allemandes, mais pour protéger le secret autour des nouveaux modèles de véhicules avant leur sortie officielle. Selon le site Caradisiac, puisque les véhicules en phase de développement ne peuvent se passer de tests routiers, les constructeurs recouvrent les modèles de motifs de type Dazzle pour « perturber la perception » du design de la voiture lors des essais en route ouverte.

L’objectif russe : brouiller l’IA des drones

Pour l’armée russe, l’idée n’est pas de perturber la vision de journalistes automobile trop curieux, mais d’embrouiller les systèmes de guidage basés sur la reconnaissance d’images embarqués par certains drones ou missiles ukrainiens. Selon le site The War Zone (TWZ), les « drones ukrainiens utilisent de plus en plus l’IA pour accroître leur efficacité au combat ». L’intelligence artificielle permet de « reconnaître, identifier, classifier et suivre » de potentielles cibles. S’il y a un pilote aux commandes, l’IA lui détaillera ce qu’il a devant les yeux. Si le drone est autonome, il frappera sa cible après l’avoir reconnue.

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Une technique inutile selon l’armée ukrainienne

Mais une IA ne peut identifier que ce qu’elle connaît déjà après qu’on lui aura appris qu’un char russe ressemble à ça, qu’un bombardier russe à ça, qu’un camion militaire russe à ça… En septembre 2024, Schuyler Moore, à l’époque directrice des technologies du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), évoquait les failles des IA utilisées pour identifier des cibles : « Un exemple classique, non classifié, est celui d’une photo d’avion vue du dessus. Si l’on ajoute des pneus sur les ailes, de nombreux modèles de vision par ordinateur ont soudainement du mal à identifier l’avion. » Le coup des pneus, c’était déjà les Russes, lesquels ont adapté le principe aux véhicules terrestres avec la version Dazzle.

Pour contrer cela, Schuyler Moore a expliqué qu’il faudrait « ajuster l’étiquetage [des IA] pour s’adapter ». Autrement dit, mettre à jour les modèles de vision par ordinateur en disant à l’IA : « un char russe ça ressemble à ça ou à ça ». D’ailleurs, les Ukrainiens ne semblent pas autant perturbés que les Russes le voudraient. « Cela ne nous empêchera en aucun cas de brûler ces équipements s’ils sont peints de cette façon », a affirmé, le 3 juin, sur la chaîne de l’armée ukrainienne, Mykola Kolesnyk, commandant du 422e régiment séparé de systèmes sans pilote. Selon lui, « les munitions rôdeuses modernes et les systèmes de guidage permettent un ciblage efficace », quelle que soit la couleur des cibles.