Bolivie : état d'exception décrété après six semaines de contestation
Bolivie : état d'exception après six semaines de contestation

Le président bolivien, Rodrigo Paz, a annoncé ce samedi 20 juin 2026 la mise en place de l'état d'exception sur l'ensemble du territoire national. Cette décision intervient après six semaines de mobilisations sociales d'une ampleur inédite, qui ont paralysé plusieurs secteurs clés de l'économie et provoqué des tensions croissantes dans le pays.

Un contexte de crise sociale aiguë

Depuis le début du mois de mai, la Bolivie est secouée par un mouvement de contestation multiforme. À l'origine, la grogne des transporteurs routiers contre la hausse du prix du carburant a rapidement fait tache d'huile. Les syndicats d'enseignants, les personnels de santé et les organisations paysannes ont rejoint le mouvement, dénonçant la politique économique du gouvernement et réclamant une hausse des salaires et des investissements publics.

Les manifestations, parfois violentes, ont entraîné des blocages de routes, des pénuries de denrées alimentaires et de carburant dans plusieurs régions. Le bilan humain s'alourdit : au moins 15 personnes ont trouvé la mort dans des affrontements avec les forces de l'ordre, et des centaines de blessés sont à déplorer.

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Les mesures de l'état d'exception

L'état d'exception, d'une durée initiale de 30 jours, suspend un certain nombre de libertés publiques. Le gouvernement a notamment décrété le couvre-feu de 22 heures à 5 heures du matin, interdit les rassemblements de plus de cinq personnes et autorisé les perquisitions sans mandat. Les forces armées ont été déployées dans les principales villes pour appuyer la police.

Dans une allocution télévisée, Rodrigo Paz a justifié sa décision : "Face à l'obstination de certains groupes à bloquer le pays et à mettre en danger la vie des citoyens, je n'avais d'autre choix que de recourir à des mesures exceptionnelles. Mon devoir est de garantir l'ordre public et la sécurité de tous les Boliviens."

Le président a également appelé au dialogue, affirmant être prêt à rencontrer les représentants des secteurs mobilisés dès que le calme sera rétabli.

Réactions contrastées

L'opposition et les organisations de défense des droits humains ont vivement critiqué cette décision. Pour le député d'opposition Carlos Mesa, "l'état d'exception est un aveu d'échec du gouvernement, incapable de répondre aux revendications légitimes du peuple par le dialogue." Amnesty International a dénoncé une "dérive autoritaire" et appelé la communauté internationale à se mobiliser.

En revanche, le secteur patronal a salué une mesure nécessaire pour rétablir l'activité économique. Le président de la Fédération des entreprises privées de Bolivie a déclaré : "Nous soutenons toute action visant à débloquer le pays et à permettre la reprise du commerce et de l'industrie."

Un pays sous tension

La Bolivie connaît une instabilité politique chronique depuis plusieurs années. Rodrigo Paz, élu en 2025 sur un programme de réformes libérales, fait face à une défiance croissante. La crise actuelle rappelle les épisodes de 2019 et 2020, qui avaient conduit à la démission du président de l'époque.

Alors que l'état d'exception entre en vigueur, les regards se tournent vers l'armée et les forces de sécurité, dont la neutralité sera cruciale pour éviter une escalade. La communauté internationale, par la voix de l'ONU et de l'Union européenne, a appelé à la retenue et au dialogue.

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