Au Kenya, une pratique inquiétante prend de l'ampleur à l'approche des élections générales de 2027 : l'utilisation de « goons », ces gros bras payés pour semer le chaos dans les meetings politiques. Selon une enquête du Daily Nation, ces hommes de main, souvent recrutés dans les quartiers défavorisés, sont employés par des politiciens pour intimider les opposants, perturber les rassemblements et, dans certains cas, provoquer des violences physiques.
Une violence orchestrée et payée
Les témoignages recueillis par le journal kenyan décrivent un système bien rodé. Les « goons » sont recrutés via des intermédiaires, souvent des jeunes chômeurs ou des membres de gangs locaux, pour un paiement allant de 500 à 1 000 shillings kenyans (environ 3,50 à 7 euros) par intervention. Leur mission : créer la confusion, lancer des pierres, ou même agresser des participants. Un ancien « goon », cité par le Daily Nation, explique : « On nous donne de l'argent et on nous dit de faire du bruit, de frapper des gens. On ne sait pas toujours pourquoi, mais on obéit. »
Des meetings transformés en champs de bataille
Lors des dernières élections de 2022, plusieurs meetings ont dégénéré en affrontements. En août 2022, un rassemblement du candidat de l'opposition Raila Odinga à Kisumu avait été perturbé par des hommes armés de bâtons et de pierres, faisant au moins trois blessés graves. La police, souvent débordée, peine à endiguer le phénomène. Selon des données de la Commission nationale des droits de l'homme du Kenya, au moins 12 personnes ont été tuées et des dizaines blessées lors de violences politiques entre 2021 et 2022, une partie étant attribuée à ces « goons ».
Des conséquences sur la démocratie
Cette violence orchestrée a un impact direct sur le processus démocratique. Des électeurs potentiels, effrayés par les affrontements, renoncent à assister aux meetings. « Cela réduit l'espace de débat et d'information », analyse un observateur politique cité par le Daily Nation. Les partis politiques, de leur côté, se renvoient la responsabilité. Le parti au pouvoir, Kenya Kwanza, accuse l'opposition de recruter ces hommes de main, tandis que le parti Azimio la Umoja dénonce une instrumentalisation de l'État. La Commission électorale indépendante (IEBC) a appelé à des sanctions, mais aucune mesure concrète n'a encore été prise.
Une réponse insuffisante des autorités
Face à cette escalade, le gouvernement kenyan a promis de renforcer la sécurité lors des événements politiques. Le ministre de l'Intérieur, Kithure Kindiki, a déclaré en juillet 2026 que « des mesures seront prises pour identifier et poursuivre les commanditaires de ces violences ». Cependant, les critiques estiment que ces promesses restent lettre morte. L'ONG Human Rights Watch a appelé les autorités à enquêter sur les financements occultes derrière ces « goons ». À un an des élections de 2027, la crainte d'une nouvelle flambée de violence plane, alors que les meetings politiques se multiplient dans tout le pays.



