Plus d'un demi-siècle après les faits, un nouveau suspect vient d'être identifié dans l'attentat antisémite perpétré le 13 février 1970 à Munich. L'homme, âgé aujourd'hui de 78 ans, est un ancien militant d'extrême droite, selon les informations révélées par le journal allemand Der Spiegel et confirmées par le parquet de Munich. Cette avancée majeure relance une enquête qui semblait close depuis des décennies.
Un attentat oublié, une piste ravivée
Le 13 février 1970, un engin explosif avait été déposé dans un foyer pour personnes âgées de la communauté juive de Munich, faisant sept blessés, dont deux grièvement. L'attaque, revendiquée par un groupe se faisant appeler le « Commando juif », avait été attribuée à des militants palestiniens, mais les enquêteurs avaient rapidement écarté cette piste, faute de preuves. L'affaire avait été classée sans suite, faute de suspects identifiés.
La nouvelle identification repose sur des documents d'archives et des témoignages recueillis par des historiens et des journalistes. Selon Der Spiegel, le suspect, Karl-Heinz S., était un militant actif de l'extrême droite allemande dans les années 1960 et 1970. Il aurait été membre d'un groupe paramilitaire néonazi et aurait participé à plusieurs actions violentes. Les enquêteurs estiment qu'il pourrait avoir agi seul ou avec des complices non encore identifiés.
Des preuves matérielles et des témoignages
Les enquêteurs ont pu confronter des éléments matériels – notamment des fragments de l'engin explosif et des traces ADN retrouvées sur les lieux – avec les profils de plusieurs suspects potentiels. L'analyse ADN a permis d'établir un lien entre Karl-Heinz S. et les échantillons prélevés sur les débris de la bombe. « C'est une avancée décisive, car nous disposons désormais d'une preuve scientifique solide », a déclaré un porte-parole du parquet de Munich, cité par Der Spiegel.
Par ailleurs, plusieurs témoins de l'époque, interrogés récemment, ont formellement reconnu Karl-Heinz S. comme étant l'homme qui avait été aperçu rôdant autour du foyer quelques jours avant l'attentat. L'un d'eux, un ancien résident du foyer aujourd'hui âgé de 92 ans, a déclaré : « Je me souviens parfaitement de son visage. Il portait une veste en cuir et un béret. Il m'avait demandé où se trouvait l'entrée de service. » Ces témoignages, recueillis par la police criminelle de Bavière, confirment les soupçons qui pèsent sur le suspect.
Un contexte politique tendu
L'attentat de 1970 s'inscrit dans un climat de violence politique qui a marqué l'Allemagne de l'Ouest après la Seconde Guerre mondiale. L'extrême droite, bien que marginalisée, disposait de réseaux actifs, notamment en Bavière. Karl-Heinz S. aurait été proche de l'Organisation des anciens SS (ODESSA) et aurait participé à des actions de propagande antisémite. Selon les archives du service de renseignement intérieur allemand (BfV), il était fiché comme « extrémiste de droite dangereux » dès 1968.
Les enquêteurs estiment que l'attentat visait à terroriser la communauté juive de Munich et à attiser les tensions intercommunautaires. « C'était un acte de haine pure, destiné à semer la peur », a commenté un historien spécialiste de l'extrême droite allemande, cité par Der Spiegel. L'identification de Karl-Heinz S. pourrait permettre de comprendre les motivations exactes de l'attaque et de faire la lumière sur d'éventuels commanditaires.
Une procédure judiciaire en cours
Le parquet de Munich a confirmé l'ouverture d'une enquête préliminaire contre Karl-Heinz S. pour « tentative de meurtre et utilisation d'explosifs ». L'homme, qui réside aujourd'hui dans une petite ville de Bavière, a été convoqué pour être entendu. Il nie toute implication dans l'attentat, selon son avocat. Les autorités allemandes ont également sollicité l'aide de la justice israélienne, car plusieurs victimes étaient des ressortissants israéliens.
Cette affaire intervient alors que l'Allemagne connaît une recrudescence des actes antisémites. Selon le ministère de l'Intérieur, 1 200 actes antisémites ont été recensés en 2025, soit une augmentation de 15 % par rapport à l'année précédente. L'identification du suspect de l'attentat de 1970 est perçue comme un signal fort de la volonté des autorités allemandes de ne pas laisser impunis les crimes de haine, même les plus anciens. La prochaine étape consistera à déterminer si le suspect peut être jugé, compte tenu de son âge avancé et de la prescription éventuelle de certains chefs d'accusation.



