L'intervention française au Mali, lancée en janvier 2013 sous le nom d'opération Serval, a été présentée comme un succès militaire initial. Pourtant, près de dix ans plus tard, le bilan est bien plus mitigé. Dans une tribune publiée par Libération, plusieurs intellectuels et anciens diplomates appellent à en finir avec la nostalgie de cette intervention, qu'ils jugent contre-productive et marquée par des échecs stratégiques.
Les signataires soulignent que l'objectif initial de chasser les groupes djihadistes du nord du Mali a été atteint, mais que la stabilisation du pays a échoué. Les forces françaises se sont enlisées dans un conflit qui s'est étendu à toute la région du Sahel, avec des conséquences humanitaires désastreuses. Selon les Nations unies, le nombre de déplacés internes au Mali est passé de 100 000 en 2013 à plus de 400 000 en 2022.
Un coût financier et humain élevé
L'opération Serval, puis l'opération Barkhane qui lui a succédé, ont coûté plus de 2 milliards d'euros par an selon des estimations du ministère des Armées. Côté humain, 58 soldats français ont perdu la vie au Sahel. Les auteurs de la tribune estiment que ce sacrifice n'a pas été récompensé par une amélioration durable de la sécurité.
Ils pointent également les conséquences politiques: le Mali a connu deux coups d'État en 2020 et 2021, et la junte au pouvoir s'est tournée vers la Russie, notamment via le groupe Wagner. La France a été vue comme un acteur néocolonial, et son départ forcé en 2022 a marqué un revers diplomatique.
Une nostalgie qui empêche d'apprendre
Selon les signataires, la nostalgie de l'intervention française empêche de tirer les leçons nécessaires pour l'avenir. Ils appellent à une politique étrangère plus sobre, moins interventionniste, et à privilégier les solutions africaines aux problèmes africains. "Il est temps de reconnaître que nos interventions militaires ne peuvent résoudre les crises politiques et sociales du Sahel", écrivent-ils.
Ils recommandent de recentrer la coopération sur le développement, la gouvernance et les droits humains, plutôt que sur la lutte antiterroriste. La France doit également accepter de dialoguer avec tous les acteurs, y compris ceux qu'elle a qualifiés de terroristes, dans le cadre de processus de paix inclusifs.
Les leçons pour l'avenir
Selon un rapport de l'ONU, les violences ont augmenté de 70% dans le centre du Mali depuis 2017, illustrant l'échec de la stratégie sécuritaire. La tribune s'inscrit dans un débat plus large sur le rôle de la France en Afrique, alors que le président Macron a annoncé une réduction des effectifs militaires sur le continent. Les auteurs espèrent que cette prise de conscience permettra d'éviter les erreurs du passé.
En conclusion, ils affirment que la véritable fidélité aux soldats tombés au Mali est de ne pas répéter les mêmes erreurs. "Cessons de regarder en arrière avec nostalgie, et construisons ensemble un avenir différent", plaident-ils.



