Accord USA-Iran : Israël marginalisé et en désaccord stratégique
Accord USA-Iran : Israël marginalisé et en désaccord

La nouvelle a sûrement fait l'effet d'une douche froide à Tel-Aviv. Dans la nuit de dimanche à ce lundi, les États-Unis et l'Iran ont annoncé le cadre d'un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, avec une cérémonie de signature prévue vendredi à Genève. Quelques heures plus tard, la réponse israélienne était cinglante : le ministre de la Défense, Israël Katz, a affirmé qu'Israël maintiendrait ses troupes au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée.

Car le contenu de cet accord, partiellement connu mais dont certains éléments ont circulé dans la presse iranienne, ne convainc pas. « C'est une catastrophe vue d'Israël, tranche d'emblée Laure Foucher, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique. Israël voulait éviter de lier les deux fronts [Iran et Liban], afin de conserver une plus grande marge de manœuvre. » Or, l'accord instaurerait un cessez-le-feu dans le sud du pays, où l'armée israélienne mène une campagne contre le Hezbollah.

Un accord contraignant pour Israël, alors qu'il ne l'a pas négocié

Le document ouvre aussi une phase diplomatique de 60 jours destinée à résoudre des questions plus épineuses : l'avenir du programme nucléaire iranien, le sort des stocks d'uranium hautement enrichi, la levée progressive des sanctions américaines. Autant de dossiers qui resteront ouverts. Ce flou lui-même est un problème pour Israël. « L'accord est très général, il ne cadre pas beaucoup de points, ne règle pas la question du nucléaire, n'aborde pas les missiles ni les proxys [les groupes terroristes alignés sur l'Iran] », relève Laure Foucher.

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Sur les avoirs financiers, l'agence de presse iranienne Mehr fait état d'un texte prévoyant de libérer 24 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés. « Ce déblocage d'avoirs va aussi servir à renforcer le Hezbollah et les Houthis », assure Jean de Gliniasty, directeur de recherches à l'IRIS et ancien consul général de France à Jérusalem. Surtout, toujours selon l'agence Mehr, l'accord engage les États-Unis à ne pas déclencher de nouvelle guerre ni mener de nouvelles opérations militaires, et cet engagement serait pris au nom d'Israël. L'État hébreu serait donc lié par un accord qu'il n'a pas négocié.

Entre Trump et Netanyahou, c'est le divorce

Derrière l'accord se cache un tournant plus profond de la politique américaine, qui n'a pas inclus Israël dans les échanges diplomatiques. « Jusqu'ici, la logique des États-Unis était de détruire et d'imposer le désarmement par la force, résume Jean de Gliniasty. Maintenant, l'Amérique négocie avec un pays voué à la destruction d'Israël. » « L'équation Trump-Netanyahou-Iran a changé, analyse Laure Foucher. Il y avait des intérêts convergents avant la guerre ; cet accord vient acter des divergences d'intérêts et la diminution de l'influence de Benyamin Netanyahou sur Donald Trump. » Le chef de gouvernement israélien se retrouve relégué au second plan par son principal allié : or, les États-Unis restent, rappelle Jean de Gliniasty, « le pays qui aide le plus Israël au monde ».

Le ministre de la Sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, a été encore plus direct, affirmant qu'Israël n'était pas lié par les termes de l'accord : « L'accord de Trump ne nous engage pas… nous ne faisons pas partie à cet accord. » Reste que les marges de manœuvre de Tel-Aviv sont étroites. « Il y a un désaccord stratégique mais Israël n'a pas le choix », rappelle Jean de Gliniasty. Ce dernier anticipe un arrêt des bombardements, mais pas le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban.

Enfin, pour Laure Foucher, cet accord est aussi un échec personnel pour Benyamin Netanyahou, qui veut préparer sa réélection : « Il ne sera pas accusé sur ses objectifs, qui sont partagés par les partis d'opposition, mais sur ses échecs. »

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