Selon Volodymyr Zelensky, la Corée du Nord envisage d'envoyer 30 000 soldats supplémentaires à la Russie. Le président ukrainien a déclaré samedi 25 juillet que des installations étaient en cours d'aménagement depuis juin dans la région de Voronej, frontalière de l'Ukraine, pour accueillir ce contingent. Pyongyang prévoirait également de livrer des lanceurs supplémentaires pour missiles balistiques.
Ce chiffre n'a été confirmé ni par Moscou ni par Pyongyang, mais Oh Gyeong-seob, chercheur au Korea Institute for National Unification, le juge "tout à fait plausible" auprès du South China Morning Post, média basé à Hong Kong. Le précédent existe déjà : à partir de la fin 2024, environ 12 000 à 14 000 soldats nord-coréens ont été envoyés en Russie, principalement dans la région de Koursk. Pyongyang a reconnu ce déploiement en avril dernier. Selon les autorités sud-coréennes, près de 2 000 Nord-Coréens ont été tués et deux ont été capturés vivants. Une première expérience coûteuse mais insuffisante pour stopper les échanges.
Des effectifs sans nouvelle mobilisation
Pour Moscou, l'intérêt est clair : 30 000 Nord-Coréens représentent autant de Russes qu'il n'est pas nécessaire de rappeler sous les drapeaux. Après plus de quatre ans de guerre, le Kremlin doit renouveler ses effectifs sans provoquer le mécontentement qu'entraînerait une nouvelle mobilisation. Celle de septembre 2022 avait poussé des centaines de milliers de Russes à quitter le pays. Oh Gyeong-seob y voit pour Moscou "un moyen rentable de recruter des soldats", tandis que Pyongyang reçoit en échange de l'argent et des technologies militaires.
La Corée du Nord dispose d'environ 1,2 million de militaires d'active, l'une des armées permanentes les plus importantes au monde. L'équation russe tient donc : Moscou cherche des hommes disponibles, Pyongyang en possède beaucoup. Tous les spécialistes ne pensent d'ailleurs pas que les 30 000 Nord-Coréens, s'ils arrivent, seront directement envoyés au front. Yang Uk, chercheur à l'Asan Institute for Policy Studies, interrogé par le South China Morning Post, estime qu'ils pourraient plutôt manier des systèmes d'artillerie à longue portée et des missiles depuis le territoire russe, ou assurer la sécurité à l'arrière. Le chiffre annoncé renseigne donc sur l'ampleur possible du dispositif, pas encore sur sa mission.
Des soldats contre des technologies
Cette coopération possède même son cadre juridique : en juin 2024, Vladimir Poutine et Kim Jong-un ont signé un traité prévoyant une assistance militaire "sans délai" si l'un des deux pays est attaqué. Les deux régimes peuvent ainsi représenter leurs échanges comme l'application d'un accord de défense, y compris lorsque les soldats nord-coréens interviennent à plusieurs milliers de kilomètres de leur péninsule.
L'enjeu dépasse l'Ukraine : chaque soldat formé, chaque missile testé et chaque technologie transférée peuvent renforcer les capacités nord-coréennes face à la Corée du Sud, au Japon et aux forces américaines présentes dans la région. Volodymyr Zelensky a souligné ce point : "La Russie aide la Corée du Nord à apprendre à faire la guerre, à perfectionner ses armes et à acquérir une véritable expérience de combat dans leur utilisation. Tout cela représente une menace pour tous les pays d'Asie situés à portée des missiles nord-coréens."
Lors d'une récente visite à Moscou, la ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a réaffirmé le "soutien indéfectible" de Pyongyang à la Russie après avoir rencontré Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Rien ne prouve que les 30 000 soldats aient été décidés pendant ces entretiens, mais après un premier contingent, reste à savoir combien de soldats partiront exactement cette fois-ci, quand ils arriveront et ce que la Russie leur demandera précisément.



