Trump déplace son attention de l'Iran vers Cuba, annonçant une nouvelle doctrine pour l'Amérique latine
Trump se tourne vers Cuba et lance une doctrine pour l'Amérique latine

Trump recentre sa politique étrangère sur Cuba et l'Amérique latine

Alors que l'opération dénommée « Fureur épique » s'enlise au Moyen-Orient, confrontée à la résistance des mollahs iraniens et aux perturbations dans le Golfe, Donald Trump proclame victoire et redirige l'attention internationale de l'Iran vers Cuba. Le 9 mars, l'ancien président américain a déclaré de manière fracassante que « Cuba vit ses derniers instants » et a évoqué la possibilité d'une « prise de contrôle américaine de Cuba... ou pas ! » Cette annonce marque un tournant stratégique majeur.

La doctrine « Donroe » : une nouvelle ambition hémisphérique

Négligée par Washington depuis le début du XXIe siècle, l'Amérique latine revient brusquement au cœur des priorités des États-Unis sous l'impulsion de Trump. Sa nouvelle doctrine, baptisée « Donroe », ambitionne de créer une vaste zone d'influence américaine s'étendant de la Terre de Feu jusqu'au pôle Nord. Les objectifs affichés sont clairs et ambitieux :

  • Stopper l'immigration illégale vers les États-Unis
  • Lutter avec fermeté contre le narcotrafic et les réseaux criminels
  • Contrer et limiter drastiquement l'influence croissante de la Chine, de la Russie et de l'Iran dans la région

Pour y parvenir, Trump privilégie une approche agressive combinant pression diplomatique, menaces commerciales et intimidations militaires, plutôt que le dialogue traditionnel.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une stratégie impulsive dictée par l'ego et l'opportunisme

À l'image de sa politique iranienne, l'approche de Donald Trump pour l'Amérique latine ne semble obéir à aucune stratégie cohérente ou réfléchie. Ses décisions, souvent impulsives et brutales, seraient motivées par un rêve égotique : marquer l'histoire comme le président américain ayant « normalisé » les régimes du Venezuela chaviste, de l'Iran des mollahs et du Cuba castriste. Une ambition qui viserait également à faire oublier les échecs retentissants de sa guerre commerciale contre la Chine, le chaos économique généré par la hausse anarchique des droits de douane, et les nombreuses violations de l'État de droit sous sa présidence.

Cuba : un régime affaibli, une société en souffrance

L'île caribéenne présente aujourd'hui de troublantes similitudes avec le Venezuela et l'Iran. Après avoir prospéré grâce au soutien de l'Union soviétique puis du Venezuela chaviste, le régime castriste ne survit plus que par la répression. La dictature n'a cessé de durcir, renforçant la surveillance omniprésente, multipliant les arrestations arbitraires et les emprisonnements politiques. L'économie est exsangue, dépendante des importations pour les biens essentiels. La société cubaine, gangrenée par la criminalité et la drogue, minée par la violence et le désespoir, subit de plein fouet l'effondrement des services publics.

La chute de Nicolas Maduro au Venezuela a porté un coup fatal à Cuba, l'isolant diplomatiquement et asphyxiant son économie avec l'arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien. Les conséquences sont dramatiques : coupures d'électricité affectant hôpitaux et écoles, pénuries chroniques d'eau, de nourriture et d'essence, effondrement des systèmes d'éducation, de santé et de transport. Face à cette détresse, l'exil reste la seule issue pour de nombreux Cubains : 2,5 millions d'entre eux ont quitté l'île depuis 2021, sur une population totale de 11,5 millions d'habitants.

Le modèle vénézuélien : une feuille de route pour Cuba ?

Le sénateur américain Marco Rubio envisage d'appliquer à Cuba le modèle de transition en cours au Venezuela, centré autour de Delcy Rodriguez. Le 29 janvier, Caracas a adopté une loi sur les hydrocarbures mettant fin au monopole d'État, réduisant les taxes et autorisant l'arbitrage international. La production pétrolière, effondrée à un million de barils par jour, redémarre grâce aux compagnies américaines. Les recettes sont désormais gérées via un compte au Qatar, sous contrôle américain, avant d'être reversées à Caracas. Parallèlement, une amnistie pour les prisonniers politiques a été décrétée et la fermeture du sinistre centre de torture de l'Hélicoïde a été annoncée.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Cependant, l'avenir du Venezuela reste incertain, tiraillé entre une libéralisation économique qui pérenniserait le régime, une transition démocratique ou la survie du chavisme, jouant la montre face aux incohérences de Trump. Des obstacles majeurs persistent : l'article 12 de la Constitution garantissant la propriété exclusive de l'État sur les ressources minières, et le maintien en poste des piliers répressifs du régime, le ministre de la Défense Vladimir Padrino et le ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello.

Les défis d'une transition cubaine et le virage à droite latino-américain

Reproduisant la stratégie vénézuélienne, Marco Rubio aurait engagé des négociations secrètes avec Raul Guillermo Rodriguez Castro, petit-fils de Fidel Castro. Mais les obstacles sont immenses : le président Diaz-Canel refuse toute capitulation, les dirigeants se cachent dans les tunnels de La Havane, et les forces armées révolutionnaires se préparent depuis 1959 à une guérilla en cas d'attaque américaine.

Les États-Unis peuvent néanmoins compter sur un spectaculaire virage à droite en Amérique latine, qui contraste avec la vague de gauche des années 2010, échouée sur les écueils de la corruption, de la faible croissance économique (1,3% du PIB en moyenne) et surtout de l'insécurité galopante liée au narcotrafic et aux crises migratoires, exacerbées par l'implosion d'Haïti et du Venezuela.

La révolution libérale de Javier Milei en Argentine, avec ses succès économiques (croissance à 5%, inflation réduite de 270% à 30%, excédent budgétaire, pauvreté en baisse), s'inscrit dans cette dynamique, aux côtés des victoires électorales de José Antonio Kast au Chili, Rodrigo Paz en Bolivie, Daniel Noboa Azin en Équateur, Nayib Bukele au Costa Rica et Nasry Asfura au Honduras. La gauche ne subsiste plus qu'au Brésil et en Colombie, sur la défensive, face au Nicaragua en chaos, et au Venezuela et Cuba en sursis.

Une occasion historique pour l'Amérique latine

La région se trouve à un carrefour historique, avec l'opportunité d'acclimater la liberté politique, de relancer son économie et de moderniser ses sociétés. Pour y parvenir, elle devra conjurer les démons du populisme et de la violence révolutionnaire, sans pour autant renoncer à sa souveraineté ni adopter le modèle de démocratie illibérale, nationaliste et suprémaciste promu par l'Amérique de Donald Trump. Comme le rappelait justement Mario Vargas Llosa, « le nationalisme est la culture de l'inculte, la religion de l'esprit de clocher et un rideau de fumée derrière lequel nichent le préjugé, la violence et souvent le racisme ».