Samedi 2 août, dans un gymnase de la zone est de São Paulo, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a officiellement lancé sa campagne en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2026. Devant plusieurs milliers de militants du Parti des travailleurs (PT), le dirigeant de 80 ans a confirmé sa candidature à un quatrième mandat. Le premier tour se tiendra le 4 octobre, le second le 25 octobre.
Né le 27 octobre 1945, Lula fêtera ses 81 ans quelques jours après le scrutin. S'il remporte la victoire, il entamera un mandat de quatre ans en janvier 2027, à l'âge de 82 ans. Cette perspective a relancé les débats sur sa capacité physique et politique, mais ses partisans rappellent que son expérience et sa popularité demeurent inégalées à gauche.
Un parcours politique exceptionnel
Lula a dirigé le Brésil de 2003 à 2010, avec un bilan économique salué, marqué par la réduction de la pauvreté et la croissance du pouvoir d'achat. Après avoir été écarté du pouvoir à la suite de condamnations annulées en 2021, il a fait un retour spectaculaire en remportant l'élection de 2022 face à Jair Bolsonaro. Cette victoire a été perçue comme un succès de la démocratie brésilienne, fragilisée par quatre années de défiance institutionnelle.
Depuis janvier 2023, Lula a multiplié les initiatives pour restaurer l'image internationale du pays, notamment sur le climat et la diplomatie sud-américaine. Il a également rétabli les grands programmes sociaux comme la Bolsa Família et lancé un vaste plan d'investissements publics.
Une économie sous tension
Le bilan économique de cette troisième mandature est toutefois contrasté. Si le produit intérieur brut a renoué avec la croissance, l'inflation reste préoccupante, le chômage demeure élevé et la dette publique pèse sur les finances du pays. Les marchés financiers, méfiants envers les promesses sociales de Lula, surveillent de près chaque décision budgétaire.
Le gouvernement a dû faire face à des crises à répétition, notamment dans le secteur agricole, touché par des sécheresses, et dans le domaine de l'énergie. L'opposition dénonce une politique de l'illusion, tandis que l'exécutif assure que les réformes produiront bientôt leurs effets.
Une opposition dispersée mais déterminée
Côté droit, la succession de Bolsonaro est disputée. L'ancien capitaine, condamné en 2023 pour avoir remis en cause le système électoral, est inéligible jusqu'en 2030. Son héritage est convoité par plusieurs gouverneurs, dont Tarcísio de Freitas (São Paulo) et Ratinho Júnior (Paraná), ainsi que l'ancienne ministre Teresa Cristina. Aucun ne fait l'unanimité, mais les sondages les placent tous à distance de Lula.
La droite mise sur un rejet de Lula dans les classes moyennes et les régions agricoles. Elle espère aussi jouer la carte de la nouveauté, face à un président qu'elle présente comme usé et dépassé.
L'ombre de la violence politique
La campagne se déroule dans un climat de fortes tensions. L'attaque du 8 janvier 2023 contre les institutions de Brasília, perpétrée par des partisans de Bolsonaro, reste dans les mémoires. Les services de renseignement craignent des actes isolés pendant la période électorale. Lula a demandé au ministre de la Défense, José Múcio Monteiro, de garantir la neutralité des forces armées, régulièrement accusées de complaisance envers l'ancien président.
La sécurité démocratique est une préoccupation majeure. Des observateurs de l'Union européenne seront déployés pour surveiller le scrutin, et des initiatives de fact-checking se sont multipliées pour contrer la désinformation en ligne.
Âge et énergie, l'épineuse question
Lula a subi une opération de la hanche en 2023 et une infection pulmonaire en 2024. Malgré ces alertes, il se présente comme un homme d'expérience, capable de poursuivre sa mission. Ses apparitions publiques se multiplient, tout comme les selfies avec ses partisans, pour démontrer sa vigueur. Ses détracteurs, en revanche, insistent sur les risques liés à son âge et évoquent parfois un simple rôle honorifique en cas de victoire, au profit de son vice-président.
L'entourage de Lula rejette ces insinuations et promet une campagne intense, rythmée par des déplacements dans tous les États du pays.
Un quatrième mandat pour l'histoire
En se présentant, Lula joue une nouvelle partie décisive. S'il gagne, il deviendra l'un des rares dirigeants au monde à effectuer trois mandats non consécutifs depuis 1945. Il promet de faire du Brésil une puissance verte et durable, tout en réduisant les profondes inégalités sociales. Son défi sera de concilier ces ambitions avec les contraintes budgétaires et un climat politique polarisé.
Dans les prochaines semaines, Lula devrait dévoiler son colistier, probablement Geraldo Alckmin, actuel vice-président, ainsi qu'un programme plus détaillé. Les premiers meetings auront lieu dès la mi-août dans le nord-est, région où il bénéficie du plus fort soutien populaire.
Le temps presse. Les Brésiliens sont appelés aux urnes dans un peu plus de deux mois, et tout laisse penser que le duel se jouera au second tour. Lula, vieux briscard de la politique, n'a pas l'intention de laisser passer sa chance.



