Uranium congolais: les routes secrètes vers la Chine
Uranium congolais: les routes secrètes vers la Chine

Selon une enquête conjointe de plusieurs ONG et du journal Le Monde, des quantités significatives d'uranium en provenance de la République démocratique du Congo (RDC) parviennent en Chine par des voies détournées, sans déclaration officielle. Ce trafic, estimé à 120 tonnes métriques par an, représenterait près de 15 % de la production congolaise déclarée.

Des circuits parallèles bien organisés

Les révélations s'appuient sur des documents douaniers et des témoignages d'anciens agents. L'uranium est d'abord transporté par camion depuis les mines du Katanga vers des ports clandestins sur le lac Tanganyika. De là, des bateaux le convoyent jusqu'en Tanzanie, où il est réceptionné par des sociétés écrans avant d'être expédié vers les ports chinois de Shanghai et Tianjin.

« Ce système fonctionne depuis au moins 2018, avec la complicité de fonctionnaires locaux et de certaines sociétés minières », affirme Jean-Pierre Mbelu, expert en sécurité des matières nucléaires à l'Université de Kinshasa.

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Les conséquences environnementales et sanitaires ignorées

Outre les enjeux de prolifération, ce trafic expose les populations riveraines à des risques radioactifs majeurs. Une étude menée en 2025 par l'Institut congolais de radioprotection révèle que les taux de contamination dans la région de Kalemie sont 40 % supérieurs aux normes internationales.

« Les minerais sont souvent transportés dans des sacs non étanches, laissant échapper des poussières dangereuses », souligne le Dr. Marie Kabeya, médecin à l'hôpital local.

Des lacunes dans la régulation internationale

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) admet des difficultés de contrôle. « Nous ne disposons pas de moyens suffisants pour surveiller chaque transfert dans la région des Grands Lacs », a déclaré son porte-parole lors d'une conférence de presse à Vienne.

La Chine, de son côté, n'a pas répondu aux sollicitations de Le Monde. Cependant, des sources diplomatiques indiquent que Pékin aurait adressé une note verbale à Kinshasa en mars dernier pour exiger un meilleur encadrement des exportations.

Un réseau opaque entre sociétés minières et intermédiaires

L'enquête identifie plusieurs intermédiaires basés au Rwanda et au Kenya. Ces entreprises, souvent enregistrées comme des sociétés de transport, facturent des frais de transit bien supérieurs aux tarifs du marché, ce qui suggère une commission pour blanchiment.

« C'est une économie parallèle qui prospère sur la corruption et l'absence de traçabilité », explique Paulin Nzita, chercheur à International Alert.

Les autorités congolaises ont promis une enquête mais, à ce jour, aucune arrestation n'a eu lieu.

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