Le Mexique et l’Union européenne entretiennent une longue relation fructueuse. Depuis l’entrée en vigueur de leur accord commercial en 2000, les échanges bilatéraux ont triplé, atteignant aujourd’hui 86,8 milliards d’euros par an pour les biens et 29,7 milliards pour les services. Alors pourquoi actualiser un accord qui a si bien fonctionné ?
Des négociations longues mais nécessaires
Les négociateurs européens et mexicains ont mis onze ans pour perfectionner l’accord initial. L’accord de 2000, bien que solide, était limité aux biens industriels, excluant largement l’agriculture. Les services, le numérique, les marchés publics et la propriété intellectuelle étaient absents ou obsolètes. Le monde de 2026 n’est plus celui de 2000 : les règles du commerce international se négocient désormais sous la menace de tarifs punitifs, notamment de la part des États-Unis. L’accord signé le 22 mai à Mexico City vise à corriger ce déséquilibre commercial et géopolitique.
Ce qui change vraiment
Côté agricole, le Mexique supprime ses droits de douane sur les exportations européennes, qui atteignaient jusqu’à 100 % sur la volaille. Ces droits disparaissent progressivement mais définitivement. Pour les produits sensibles, des quotas à droits nuls ouvrent immédiatement le marché mexicain : 50 000 tonnes de lait en poudre, 30 000 tonnes de bœuf, 20 000 tonnes de cuisses de poulet, 10 000 tonnes de longe de porc. En sens inverse, les ouvertures pour les produits mexicains sont limitées : 5 000 tonnes de bœuf à taux réduit (7,5 %), 6 667 tonnes de blancs de poulet, 7 000 tonnes d’éthanol. La Commission européenne insiste sur le caractère très faible de ces quotas, vingt fois inférieurs à ceux offerts au Mercosur.
Protection des indications géographiques
L’accord protège désormais 568 indications géographiques (IGP) européennes au Mexique, couvrant vins, bières, spiritueux et fromages. Les imitations mexicaines devront changer d’étiquette pour ne plus tromper le consommateur sur la provenance réelle.
Services et marchés publics
Les services financiers, télécoms, transports et commerce numérique s’ouvrent sur des bases non discriminatoires. Les marchés publics mexicains, fédéraux et dans quatorze États, deviennent accessibles aux entreprises européennes à égalité avec les mexicaines. La propriété intellectuelle est alignée sur les standards européens.
La géopolitique au-delà des tarifs
L’accord est aussi une déclaration géopolitique, comme l’a souligné Kaja Kallas. Il inclut des engagements juridiquement contraignants sur le développement durable, le droit du travail et la protection de l’environnement, avec un mécanisme de règlement des différends. Le principe de précaution est explicitement mentionné, et les normes sanitaires européennes ne peuvent être abaissées. Un système de protection des investissements remplace l’arbitrage investisseur-État par une Cour permanente d’investissement, avec juges nommés et procédures publiques.
Matières premières critiques
Le Mexique est un fournisseur clé de lithium, cobalt et terres rares. L’accord garantit un accès sans discrimination aux Européens et interdit la double tarification. Les investissements européens pourront ouvrir des chantiers au Mexique, une clause stratégique dans un monde où la dépendance aux approvisionnements est une préoccupation majeure.
Pas de porte dérobée pour les Chinois
Les règles d’origine de l’accord de 2000 ont été maintenues pour éviter que des constructeurs chinois n’assemblent leurs véhicules au Mexique pour les exporter vers l’Europe à droits réduits. La Commission européenne veille à ce que la porte reste fermée.
L’Amérique latine, nouvel Eldorado
Cet accord s’inscrit dans un regain d’intérêt européen pour l’Amérique latine. En 2023, l’UE a finalisé un accord avec le Chili et un autre avec le Mercosur. Désormais, 97 % du PIB de l’Amérique latine et des Caraïbes est couvert par des accords préférentiels avec l’UE. L’Europe reste le premier investisseur étranger dans la région, avec 11 000 entreprises implantées au Mexique, employant 5 millions de personnes. Face à la politique commerciale de Donald Trump, la Commission accélère la constitution d’un réseau de partenaires fiables.
Le Mexique entre deux feux
Le Mexique doit gérer sa relation avec les États-Unis. L’accord USMCA, qui le lie aux États-Unis et au Canada, entre en révision le 1er juillet 2026. Le secrétaire à l’Économie, Marcelo Ebrard, a reconnu que le délai ne sera pas tenu, ce qui entraînera des révisions annuelles. Washington a lancé des négociations bilatérales avec le Mexique sans le Canada. Pour Mexico, il faut apaiser Washington tout en évitant une dépendance exclusive au marché américain. L’accord avec l’UE constitue une police d’assurance autant qu’un gain commercial.



