De notre envoyé spécial à Los Angeles,
Pour Donald Trump, le monde se divise en deux catégories de personnes : les winners et les losers, ceux qui ont un flingue chargé et ceux qui creusent leur tombe. Alors, quand la fédération de soccer des États-Unis s'est lancée à l'assaut de l'organisation du Mondial 2026, conjointement avec le Canada et le Mexique, après un premier échec en 2022, le président de la première puissance mondiale a suivi le mouvement. Plus par nature que par véritable passion ou envie. Parce que quand les USA mènent un combat, quel qu'il soit, il faut le gagner, point. « C'est comme ça qu'il voit les choses, "America's first", donc les États-Unis se devaient de l'emporter, confirme Kévin Veyssière, spécialiste en géopolitique du sport. Mais il ne s'est découvert une passion pour le football que lors de son deuxième mandat. »
Quand Trump transperçait les filets à l'école militaire
Mais ce que tout le monde ne sait pas, c'est que l'homme à la mèche blonde et au teint orangé a chaussé les crampons dans sa jeunesse, lors de son passage forcé à la très prestigieuse et sportive New York Military Academy, là où son père, le richissime homme d'affaires Fred Trump, l'a expédié à la sortie de l'adolescence, pour lui durcir le cuir et lui mettre du plomb dans le crâne. Athlétique, rapide, le jeune Donald avait de vraies capacités physiques et, de manière assez étrange pour un homme qui transpire l'américanité dans ce qu'elle a de plus profond, c'est vers le soccer qu'il s'est tourné.
Et c'est bien connu, quand Trump fait quelque chose, Trump est le meilleur. Comme raconté chez nos confrères de So Foot par une ancienne camarade de classe, le grand gaillard fait tout pour le faire savoir haut et fort. Alors qu'il lui raconte le but qu'il aurait inscrit la veille en match, Sandy McIntosh lui rétorque qu'elle ne pense pas l'avoir vu planter quoi que ce soit. La réponse fuse : « Si, j'ai marqué un but ! Et j'ai frappé tellement fort que j'en ai même décroché les filets… Je veux que tu te souviennes de ça. Je veux que tout le monde s'en souvienne. »
« Il n'y avait même pas de filets sur les buts », racontera McIntosh à So Foot 50 ans plus tard. Cette anecdote rigolote résume à elle seule le personnage de Trump. Un homme capable de raconter les pires bobards de l'univers pour réécrire l'histoire et alimenter sa légende vivante. Alors, quand il nous dit que le football a toujours fait partie de sa vie et qu'il a voulu ce Mondial plus que tout, on est prié de le croire. Ou pas.
Trump n'aime pas le soccer, qui le lui rend plutôt bien
Journaliste sportif spécialisé dans le foot pour le Los Angeles Times, Kevin Baxter n'est pas dupe. « Je n'ai jamais entendu de source crédible affirmer que Donald Trump s'intéressait au football. Et j'en doute fort. Trump est un fan de sport américain pur et dur, un vrai amateur de sports traditionnels. Il s'intéresse au football américain, au baseball et à l'UFC, mais je suis sûr qu'il considère le football comme un sport européen ou latino-américain. S'il feint de s'y intéresser aujourd'hui, c'est uniquement pour la notoriété et le prestige qu'ils offrent. »
Il s'est toujours tenu à l'écart du développement de ce sport dans son pays et n'a jamais montré un quelconque intérêt pour la Major League Soccer (MLS), le championnat national. Quand sa police migratoire, l'ICE, a commencé ses rafles dans le pays et notamment aux abords des stades de la MLS et lors de la Coupe du monde des clubs l'été dernier, les groupes ultras à travers le pays ont été moteurs de la contestation. Les banderoles anti-ICE ont fleuri un peu partout dans les stades et certains clubs ont officiellement affiché leurs soutiens aux migrants traqués à travers le pays.
Aux États-Unis, toutes proportions gardées, le football aurait plutôt tendance à être un bastion démocrate et Trump n'a jamais été bien perçu, à l'image de l'équipe féminine américaine et sa capitaine Megan Rapinoe, qui avait refusé de se rendre à la Maison-Blanche après le sacre lors de la Coupe du monde féminine de 2019 en France. « On sait que le milieu du football aux États-Unis ne penche pas du tout pour Trump et, de manière générale, il n'y a pas beaucoup de liens avec l'équipe américaine masculine et féminine », prolonge le créateur du compte FC Geopolitics sur X.
Quelle dinguerie va-t-il inventer pendant le Mondial ?
Mais cela ne l'empêchera pas de faire de cette Coupe du monde 2026 son pré carré. Reste à savoir de quelle manière il compte l'utiliser à ses fins. Kevin Baxter : « Tout le monde s'accorde à dire que Trump s'immiscera de temps à autre dans la Coupe du Monde car elle monopolisera l'actualité aux États-Unis et dans le monde entier. Or, Trump déteste ne pas être au centre de l'attention. Il en profitera donc pour la ramener sur le devant de la scène. Cela pourrait se traduire par une apparition à un match, une descente de police dans un stade ou lors d'une fête de supporters, selon son humeur. Car l'imprévisibilité de Trump est ce qu'il y a de plus effrayant. »
Selon une source proche de la Fifa, c'est justement ce caractère impulsif et lunatique que craint tout particulièrement Gianni Infantino, qui ne cesse depuis la réélection de Trump de s'afficher à ses côtés tout en se perdant en pathétiques génuflexions devant le grand gourou capricieux, comme lors de la remise du « Prix de la paix » en fin d'année dernière. Un arbitre somalien parfaitement en règle se voit refuser l'entrée aux États-Unis après un interrogatoire de 11 heures, comme si c'était un vulgaire terroriste de Daesh ? « Chill and relax » (« détendez-vous »), répond avec le sourire Infantino en conférence de presse devant un parterre de journalistes médusés.
« Ce que m'a dit l'entourage d'Infantino, c'est qu'il n'a plus d'autres choix que de tout accepter de Trump car il est tellement fou et imprévisible qu'il serait capable d'annuler la Coupe du monde du jour au lendemain si quelque chose n'allait pas dans son sens, nous confie en off notre source. Ce qui sonnerait l'arrêt de mort d'Infantino ».
Les USA, un pays qui ne veut pas accueillir le monde
Avec Trump, et contrairement à ce que l'on avait vu en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar, difficile de parler d'une véritable instrumentalisation politique. Ou du moins pas dans le sens qu'on l'entend traditionnellement.
« D'un point de vue économique ou en termes de visibilité, les États-Unis n'ont pas besoin de ce Mondial. Après, ça peut peut-être leur permettre de redorer le blason du pays à l'international, comme ça a été le cas de la France avec Paris 2024. Mais on peut en douter puisqu'on voit bien que les États-Unis sont dans la droite lignée de ce que fait Trump depuis son retour au pouvoir : c'est un pays qui ne veut pas mettre toutes les conditions en place pour accueillir le monde comme c'était traditionnellement le cas par le passé. »
En refusant d'assouplir sa politique et en prenant un malin plaisir à jouer le cow-boy, Donald Trump envoie un message clair au reste du monde. Non, il ne changera pas pour les beaux yeux de la Fifa et de son président, qu'il perçoit « au mieux comme un idiot utile ou une marionnette, au pire comme un clown », selon Kevin Baxter. Les étrangers ne sont donc pas les bienvenus ici et ceux qui auront la « chance » de pouvoir participer à la grande fête du Mondial devront se plier à ses exigences les plus folles. Et avec le sourire, s'il vous plaît.
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