Éthiopie : comment le Tigré est devenu une poudrière régionale
Tigré : une poudrière régionale en Éthiopie

Les affrontements qui ont éclaté dans la région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, ont transformé cette zone en une véritable poudrière régionale. Alors que le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) s'accusent mutuellement d'avoir déclenché les hostilités, la communauté internationale craint une escalade aux conséquences désastreuses pour tout le pays et au-delà.

Selon plusieurs observateurs, ces combats, qui ont débuté le 4 novembre 2020, ont déjà fait des centaines de morts et provoqué le déplacement de plus de 30 000 personnes vers le Soudan voisin. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a annoncé le lancement d'une offensive militaire « de dernière phase » contre le TPLF, qu'il accuse de vouloir déstabiliser le pays.

Les racines historiques du conflit

Le Tigré, région montagneuse du nord de l'Éthiopie, a longtemps été un bastion du TPLF, qui a dominé la coalition au pouvoir pendant près de trois décennies. Mais depuis l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed en 2018, le TPLF a perdu son influence et s'est retiré dans sa région, refusant de reconnaître l'autorité du gouvernement fédéral.

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Les tensions se sont accrues en septembre 2020, lorsque le TPLF a organisé des élections régionales malgré l'interdiction du gouvernement central. En réponse, Addis-Abeba a coupé les financements et les liaisons avec le Tigré, provoquant une crise politique et humanitaire.

Un risque d'embrasement régional

La situation au Tigré est d'autant plus préoccupante que la région est frontalière avec le Soudan et l'Érythrée. Des frappes aériennes ont été signalées près de la frontière érythréenne, et des roquettes ont visé la capitale de l'Érythrée, Asmara, le 14 novembre. Le gouvernement éthiopien a accusé le TPLF d'être responsable de ces tirs, ce que le Front a démenti.

Cette escalade régionale inquiète les pays voisins et la communauté internationale. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé à « une cessation immédiate des hostilités » et à « un dialogue pour résoudre pacifiquement la crise ». L'Union africaine a également dépêché des émissaires pour tenter de trouver une issue diplomatique.

L'urgence humanitaire

Sur le plan humanitaire, la situation est critique. Les combats ont perturbé l'approvisionnement en nourriture et en médicaments dans une région déjà fragile. Selon l'ONU, environ 600 000 personnes dépendaient de l'aide alimentaire avant le conflit, et ce nombre risque d'augmenter considérablement.

Des organisations humanitaires ont signalé des coupures de télécommunications et d'électricité, entravant leurs opérations. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé un accès humanitaire immédiat pour secourir les blessés et les déplacés.

Des perspectives incertaines

Alors que le gouvernement éthiopien affirme avoir pris le contrôle de plusieurs villes du Tigré, le TPLF promet de poursuivre la résistance. Cette confrontation pourrait s'enliser et déstabiliser durablement la région. Les experts craignent que ce conflit ne ravive les tensions ethniques et ne fragilise un pays déjà confronté à de nombreux défis.

La communauté internationale, tout en condamnant la violence, peine à trouver une solution. Les appels à la retenue se multiplient, mais sans effet concret sur le terrain. L'avenir du Tigré et de l'Éthiopie reste plus que jamais incertain, dans une région où les conflits ont déjà fait des millions de victimes.

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