Des dizaines de mercenaires colombiens ont été recrutés pour combattre au Soudan aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR), le groupe paramilitaire dirigé par le général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemedti ». Selon des documents exclusifs consultés par Le Point, ces mercenaires sont arrivés via des vols affrétés par une société liée aux Émirats arabes unis (EAU).
Un recrutement orchestré depuis l’Amérique latine
Les documents révèlent que la société de sécurité privée Black Shield Security, basée aux Émirats, a supervisé le recrutement. Les mercenaires, d’anciens militaires colombiens, ont été payés entre 5 000 et 10 000 dollars par mois. Au moins 150 Colombiens auraient rejoint les rangs des FSR depuis le début du conflit en avril 2023.
Le rôle clé des Émirats arabes unis
Les Émirats arabes unis sont accusés de fournir un soutien logistique et financier aux FSR. Des documents douaniers montrent que des cargaisons d’armes et de munitions ont été livrées aux FSR via l’aéroport d’Amdjarass, au Tchad, à la frontière soudanaise. Les EAU ont toujours nié toute implication, mais des preuves accablantes ont été rassemblées par des enquêteurs de l’ONU.
Des témoignages de mercenaires colombiens
Un mercenaire colombien, interrogé sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Nous avons été recrutés par une agence à Bogota, puis envoyés à Dubaï avant de rejoindre le Soudan. Notre mission était de former les troupes des FSR et de participer aux combats. » Selon lui, au moins 20 Colombiens ont été tués au cours des affrontements.
Les conséquences humanitaires
Ce conflit a déjà fait plus de 10 000 morts et déplacé 6 millions de personnes, selon l’ONU. L’implication de mercenaires étrangers risque d’aggraver la situation. « La présence de combattants étrangers complique les efforts de paix et exacerbe les violations des droits de l’homme », a averti un porte-parole de Human Rights Watch.
Des liens avec les Émirats déjà documentés
En 2022, un rapport de l’ONU avait déjà pointé du doigt les EAU pour leur soutien aux FSR. Les Émirats auraient fourni des armes, des véhicules blindés et des drones. Le recrutement de mercenaires colombiens s’inscrit dans cette stratégie. « Les Émirats utilisent des sociétés privées pour contourner les embargos internationaux », explique un expert en sécurité interrogé par Le Point.
Une enquête en cours
La justice colombienne a ouvert une enquête sur ces recrutements illégaux. Le gouvernement colombien a condamné ces pratiques et promis de poursuivre les responsables. « Nous ne tolérerons pas que des citoyens colombiens soient utilisés comme mercenaires dans des conflits étrangers », a déclaré le ministre de la Défense, Iván Velásquez.



