Au Brésil, la terre indigène du Jaraguá, située dans la périphérie de São Paulo, est réduite à un confetti. L'expansion urbaine incontrôlée menace la survie des Guarani, qui y vivent depuis des générations. Selon un rapport de la Fondation nationale de l'Indien (Funai), la zone ne représente plus que 1,7 % de sa superficie d'origine, soit environ 532 hectares sur les 30 000 hectares initiaux.
Une réserve menacée par la croissance de la métropole
La terre indigène du Jaraguá est l'une des plus petites du Brésil. Elle est entourée de quartiers résidentiels, d'industries et d'infrastructures routières. Les Guarani, qui étaient environ 1 000 au début du XXe siècle, ne sont plus que 600 aujourd'hui, selon l'Association des peuples indigènes du Brésil (APIB).
La pression immobilière est intense. Des promoteurs construisent illégalement des logements sur les terres indigènes, et des routes bitumées traversent la réserve. "Chaque année, nous perdons des hectares de forêt au profit du béton", déplare João Carlos, leader guarani de la communauté.
Des conséquences environnementales et culturelles
La déforestation du Jaraguá a des conséquences directes sur la biodiversité locale. La réserve abrite des espèces menacées comme le jaguar et le singe hurleur. De plus, la pollution des rivières due aux eaux usées des quartiers voisins affecte la santé des indigènes.
"Nous dépendons de la forêt pour notre alimentation, nos médicaments et notre spiritualité. Si nous perdons ce territoire, nous perdons notre identité", explique Maria Aparecida, une ancienne de la communauté.
Une bataille juridique et politique
Les Guarani ont intenté une action en justice pour faire reconnaître leurs droits sur le territoire. En 2023, la Cour suprême a statué en leur faveur, mais le gouvernement brésilien n'a pas encore procédé à la délimitation officielle de la terre. Le président Lula a promis de régulariser la situation, mais les obstacles politiques sont nombreux.
"La démarcation est une question de justice historique. Le gouvernement doit agir rapidement pour protéger les droits des peuples indigènes", a déclaré Sônia Guajajara, ministre des Peuples indigènes.
Un modèle de développement urbain à repenser
Le cas du Jaraguá illustre les défis de la croissance urbaine en Amérique latine. Selon l'ONU-Habitat, 80 % de la population brésilienne vivra en ville d'ici 2030. Cette urbanisation rapide se fait souvent au détriment des zones naturelles et des communautés traditionnelles.
Des urbanistes proposent d'intégrer les terres indigènes dans les plans d'aménagement, en créant des corridors écologiques et en limitant l'expansion immobilière. "Il est possible de concilier développement et préservation", estime l'architecte Paulo Mendes.
Un appel à la solidarité internationale
Les organisations de défense des droits de l'homme appellent la communauté internationale à soutenir les Guarani. "Le Brésil doit respecter ses engagements envers la Convention 169 de l'OIT", rappelle Amnesty International.
En attendant, la communauté vit dans l'incertitude, mais reste déterminée. "Nous ne partirons pas. C'est notre terre, et nous la défendrons jusqu'au bout", affirme João Carlos.



