Sénégal : l'héritage d'El Hadj Omar Tall réclame le trésor de Ségou
Sénégal : combat des héritiers d'El Hadj Omar Tall pour le trésor de Ségou

Les héritiers d'El Hadj Omar Tall, figure majeure de la résistance à la colonisation en Afrique de l'Ouest, ont officiellement lancé une procédure pour obtenir la restitution du trésor de Ségou, pillé par les troupes coloniales françaises en 1890. Cette action, révélée par l'association des descendants, marque une étape décisive dans un combat mémoriel qui dure depuis plus d'un siècle.

Un trésor emblématique spolié

Le trésor de Ségou, composé de bijoux, d'armes, de manuscrits et d'objets rituels, avait été saisi lors de la prise de la ville par le colonel Louis Archinard. Une partie de ces pièces est aujourd'hui conservée au Musée du quai Branly à Paris, tandis que d'autres se trouvent dans des collections privées ou dans d'autres institutions françaises. Selon l'association des héritiers, plus de 200 objets sont concernés, dont certains ont une valeur symbolique et spirituelle inestimable pour la communauté tidjane.

« Ce trésor n'est pas un simple ensemble d'artefacts, c'est l'âme de notre ancêtre et de notre peuple », a déclaré Moussa Tall, porte-parole de l'association, lors d'une conférence de presse à Dakar. « Nous demandons à la France de reconnaître cette spoliation et de procéder à une restitution intégrale, comme elle l'a fait pour d'autres pays africains. »

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Un cadre juridique favorable

Cette initiative s'appuie sur la loi française de décembre 2023 relative à la restitution des biens culturels spoliés dans le contexte de la colonisation. Ce texte, voté à l'unanimité, permet de restituer des œuvres à des pays d'Afrique subsaharienne sous certaines conditions. Les héritiers de la famille Tall ont donc déposé une demande officielle auprès du ministère de la Culture français, avec le soutien du gouvernement sénégalais.

Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a récemment réaffirmé son engagement en faveur de la restitution des biens culturels. Lors d'un discours à l'occasion de la fête de l'indépendance, il a déclaré : « La mémoire de nos ancêtres est un trésor que nous devons restaurer. Nous accompagnons toutes les démarches visant à récupérer notre patrimoine. »

Un précédent : les trésors de Béhanzin et du Dahomey

Ce combat s'inscrit dans un mouvement plus large de restitution des biens culturels africains. En 2021, la France a restitué au Bénin 26 pièces du trésor de Béhanzin, volées en 1892. D'autres pays, comme le Mali, ont également obtenu des restitutions partielles. Pour les héritiers de la famille Tall, le trésor de Ségou est tout aussi symbolique.

« La France a déjà montré la voie en restituant des œuvres au Bénin, au Sénégal et au Mali. Nous attendons la même reconnaissance pour notre trésor », a ajouté Moussa Tall. Selon lui, des discussions ont déjà eu lieu avec des responsables du Musée du quai Branly, mais aucune avancée concrète n'a été annoncée.

Un inventaire précis et des preuves historiques

Pour étayer leur demande, les héritiers ont constitué un dossier comprenant un inventaire détaillé des objets, des photographies d'époque et des documents d'archives militaires françaises. Des historiens sénégalais et français ont également apporté leur expertise pour établir la provenance exacte des pièces. Selon ces travaux, le trésor aurait été transporté en France en plusieurs convois entre 1890 et 1893, et une partie aurait été offerte à des musées de province.

« Nous avons la preuve que ces objets ont été pris de force et non acquis légalement », souligne le professeur Ibrahima Thioub, historien à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. « La loi de 2023 est une opportunité unique pour réparer cette injustice. »

Des implications politiques et diplomatiques

Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur les relations franco-sénégalaises. Alors que la France cherche à renouveler son partenariat avec l'Afrique, la question de la restitution du patrimoine est devenue un enjeu majeur. Le gouvernement français a déjà mis en place une commission chargée d'étudier les demandes de restitution, mais les procédures sont longues.

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Pour les héritiers, il ne s'agit pas seulement de récupérer des objets, mais de rétablir une vérité historique. « Nous voulons que nos enfants connaissent l'histoire complète, sans les mensonges de la colonisation », a déclaré Aïssata Tall, petite-fille d'El Hadj Omar Tall. « Ce trésor est notre héritage, et il doit revenir à sa terre d'origine. »

Une mobilisation internationale

L'association des héritiers a également lancé une pétition en ligne qui a recueilli plus de 10 000 signatures en quelques jours. Des personnalités du monde de la culture et des droits humains, comme l'écrivain Felwine Sarr, ont apporté leur soutien. Une exposition virtuelle des pièces du trésor est prévue pour sensibiliser le public.

« Ce combat dépasse le cadre familial, c'est une cause nationale et panafricaine », a conclu Moussa Tall. « Nous espérons que la France entendra notre appel et que le trésor de Ségou retrouvera sa place au Sénégal. » En attendant, les héritiers se disent prêts à aller jusqu'au Conseil d'État si nécessaire.