Alger, capitale du silence ou du murmure ? Depuis l'étouffement du Hirak, le mouvement de contestation populaire qui a secoué l'Algérie entre 2019 et 2021, les voix dissidentes peinent à se faire entendre. Pourtant, dans les ruelles de la Casbah ou les cafés de Bab El Oued, des hommes et des femmes continuent de lutter, seuls ou en petits groupes, pour préserver l'esprit de ce soulèvement inédit.
Un Hirak en sommeil mais pas mort
Le Hirak, ce mouvement pacifique qui réclamait un changement de régime et de système, a été brutalement interrompu par la pandémie de Covid-19 et la répression. Mais pour beaucoup, l'idée n'est pas morte. « Nous avons gagné la peur, mais nous avons perdu la rue », confie un ancien manifestant sous couvert d'anonymat. Aujourd'hui, les opposants se réunissent discrètement, échangent sur les réseaux sociaux ou dans des espaces privés, tentant de maintenir une flamme que le pouvoir voudrait éteindre.
Les nouvelles formes de contestation
Face à l'interdiction des rassemblements publics, les militants ont dû innover. Certains organisent des ateliers de réflexion sur la démocratie, d'autres utilisent l'art comme vecteur de contestation. Des fresques murales éphémères apparaissent la nuit, des poèmes sont déclamés lors de mariages ou de fêtes privées. « Nous devons être créatifs. Le Hirak n'est pas un mouvement mort, il est en mutation », explique une jeune militante.
Le soutien international se fait rare, et les opposants se sentent souvent abandonnés. « Les grandes puissances ont tourné la page. L'Algérie est devenue un partenaire stratégique pour le gaz, alors on ferme les yeux sur les libertés », déplore un intellectuel engagé. Pourtant, des ONG continuent de documenter les arrestations et les procès, rappelant que la lutte pour les droits humains n'a pas cessé.
Les risques de la dissidence
Être opposant en Algérie aujourd'hui, c'est risquer sa liberté, voire sa vie. Les arrestations arbitraires, les détentions prolongées et les procès expéditifs sont monnaie courante. Les familles des détenus politiques vivent dans l'angoisse, mais refusent de se taire. « Mon fils est en prison pour avoir crié “Bouteflika dégage” il y a trois ans. Nous ne lâcherons rien », affirme une mère.
Malgré tout, l'espoir subsiste. Les jeunes Algériens, nés après la guerre civile, n'ont pas connu la peur de leurs aînés. « Nous savons que le changement viendra, peut-être pas maintenant, mais dans dix ou vingt ans. Le Hirak a semé une graine qui germera », assure un étudiant. La question reste de savoir combien de temps encore les opposants pourront résister, seuls dans Alger, avant que l'esprit du Hirak ne renaisse.



