Deux ans après le soulèvement de la génération Z qui avait secoué le Kenya, le président William Ruto a réussi à paralyser la contestation à Nairobi, selon une analyse de Libération publiée le 25 juin 2025. Les manifestations, qui avaient éclaté en juin 2023 contre la hausse du coût de la vie et les réformes fiscales, ont été réprimées avec une fermeté accrue, tandis que les libertés publiques ont été restreintes.
Une répression systématique
Depuis 2023, au moins 50 personnes ont été tuées lors des manifestations, selon des ONG locales. Les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes, des balles réelles et des arrestations massives pour disperser les foules. En juin 2025, le gouvernement a interdit les rassemblements dans le centre-ville de Nairobi, invoquant des risques sécuritaires.
« Le régime de Ruto a adopté une stratégie de tolérance zéro envers toute forme de contestation », a déclaré à Libération John Githongo, ancien conseiller gouvernemental et militant anticorruption. « Les jeunes qui ont mené le soulèvement sont désormais surveillés, arrêtés ou forcés à l'exil. »
Un contexte économique toujours tendu
La colère initiale des jeunes Kényans était alimentée par l'inflation, qui a atteint 9 % en 2023, et par l'augmentation des impôts. Malgré des promesses de relance, le chômage des jeunes reste élevé, à 35 % en 2025. Le FMI a approuvé un prêt de 2,4 milliards de dollars en 2024, conditionné à des réformes budgétaires impopulaires.
« Le gouvernement a sacrifié la justice sociale sur l'autel de l'orthodoxie économique », a souligné l'économiste kényane Mary Mwangi dans un entretien récent. Les coupes dans les subventions aux carburants et aux denrées alimentaires ont aggravé la précarité des ménages.
Une opposition fragmentée
Le mouvement de la génération Z, initialement spontané et décentralisé, a peiné à se structurer. Les principaux leaders ont été arrêtés ou ont fui le pays. En 2024, des figures de l'opposition comme Martha Karua ont tenté de canaliser la colère, mais sans parvenir à unifier les revendications.
« La répression a brisé l'élan du soulèvement, mais la colère couve toujours », a expliqué à Libération l'analyste politique Ken Opalo. « Le régime de Ruto est plus autoritaire que jamais, mais il n'a pas résolu les problèmes structurels qui ont déclenché la crise. »
Des libertés en berne
Depuis 2023, le Kenya a reculé dans les classements mondiaux de la liberté de la presse et de la démocratie. Reporters sans frontières a dénoncé une augmentation des intimidations contre les journalistes couvrant les manifestations. En mai 2025, une nouvelle loi sur la sécurité nationale a élargi les pouvoirs de surveillance des communications.
« La fenêtre d'opportunité ouverte par le soulèvement de la génération Z s'est refermée », a conclu Githongo. « Mais l'histoire montre que la répression ne dure pas éternellement. »



