Une motion de censure a provoqué un séisme politique en Roumanie. Mardi, le Premier ministre pro-européen Ilie Bolojan a été renversé, moins d'un an après son arrivée au pouvoir. Cette chute est le fruit d'une alliance inédite entre les sociaux-démocrates du Parti social-démocrate (PSD) et l'extrême droite, qui accusent le chef du gouvernement de plonger le pays dans la pauvreté avec sa politique d'austérité.
Un vote sans équivoque
La motion de censure a recueilli 281 voix, bien au-delà des 233 nécessaires. À l'annonce des résultats, les forces démocratiques ont vivement critiqué le PSD, l'accusant de jouer avec le feu en contribuant à légitimer une extrême droite en plein essor. En s'alliant à l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR), le PSD a transformé ce parti en « un acteur politique majeur », alors qu'il était jusqu'alors « ostracisé », selon le politologue Costin Ciobanu, interrogé par l'AFP.
Avec 37 % d'opinions favorables dans les sondages, l'extrême droite de l'AUR dépasse désormais le PSD dans les intentions de vote. Ce dernier reste pourtant la formation la plus importante au Parlement depuis les élections de décembre 2024, avec 130 élus. Le leader de l'AUR, George Simion, a réagi sur X après le vote : « C'est la fin de dix mois durant lesquels les soi-disant pro-européens n'ont livré rien d'autre que : impôts, guerre et pauvreté. »
Des mesures d'austérité impopulaires
La Roumanie, dont le déficit a atteint 7,9 % du PIB au quatrième trimestre 2025, fait l'objet d'une procédure européenne de déficit excessif depuis 2020. Le pays risque également de perdre des fonds européens. Membre de la coalition gouvernementale, le PSD avait claqué la porte il y a quinze jours pour protester contre les mesures d'austérité introduites par Ilie Bolojan, destinées à réduire le déficit budgétaire, le plus important de l'Union européenne. Après le vote, le chef du PSD, Sorin Grindeanu, a déclaré : « Je pense qu'il serait approprié qu'Ilie Bolojan démissionne maintenant de son poste » afin de former « un nouveau gouvernement rapidement ».
Avant le vote, Ilie Bolojan, 57 ans, a défendu sa politique de réformes, qualifiant la motion de censure de « mensongère » et « cynique ». « J'ai choisi de faire ce qui était urgent et nécessaire pour notre pays », s'est justifié le dirigeant. Il peut rester en fonction jusqu'à la prestation de serment d'un nouveau gouvernement, mais avec des pouvoirs limités.
Un contexte politique tendu
Son arrivée au pouvoir en juin 2025, soutenue par quatre partis pro-européens dont le PSD, avait mis fin à des semaines de tractations et à une période politique mouvementée. Celle-ci avait débuté avec l'annulation de la présidentielle de novembre 2024, dominée par un candidat d'extrême droite inconnu, suscitant des accusations d'ingérence russe dans la campagne. La Roumanie, pays d'Europe de l'Est de 19 millions d'habitants, se situe aux avant-postes de l'Otan depuis le début de la guerre en Ukraine.
Mardi, le président Nicusor Dan a déclaré que le pays maintiendrait son orientation pro-occidentale, écartant la possibilité d'un gouvernement d'extrême droite ou d'élections anticipées. « Nous entamons des négociations pour former un nouveau gouvernement », a-t-il déclaré, appelant au calme et assurant qu'il existait un « consensus parmi les partis pro-occidentaux sur les grandes orientations de la Roumanie ».



