Une nouvelle période d’incertitude s’ouvre en Roumanie. Après deux années électorales agitées et une présidentielle annulée sur fond d’ingérence russe en faveur d’un candidat d’extrême droite, la fragile coalition qui gouvernait le pays depuis décembre 2024 a été renversée. Ce qui ouvre une période de tractations pour former une nouvelle coalition parlementaire, après seulement dix mois d’exercice pour le Premier ministre libéral Ilie Bolojan.
Une motion de censure inédite
La motion de censure votée mardi contre le gouvernement a été lancée par le Parti social-démocrate (PSD), premier parti à la Chambre des députés, avec lequel il avait pourtant fait alliance après les dernières élections au sein d’une coalition proeuropéenne. Mais le 23 avril, le PSD a annoncé son retrait du gouvernement, après des semaines de crise larvée entre les deux partenaires.
Les raisons de la rupture
Les sociaux-démocrates reprochent au Premier ministre libéral des mesures économiques impopulaires pour lutter contre les déficits et l’inflation (près de 10 %, la plus élevée de l’Union européenne). Avec l’austérité prônée à Bucarest, une partie de l’électorat du centre-gauche se retrouve tentée par les partis populistes d’extrême droite.
Une alliance de circonstance avec l’extrême droite
Pour la première fois, la manœuvre visant à faire tomber le gouvernement associe le centre gauche et l’extrême droite. Le PSD a provoqué un tollé chez ses adversaires en scellant un pacte de circonstance avec le parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains, extrême droite). Ce dernier, dirigé par George Simion, ancien chef hooligan d’un club de Bucarest arrivé au second tour de la présidentielle en 2025, espère provoquer des législatives anticipées.
Les partis de centre droit et une trentaine d’ONG ont condamné cette « alliance de la honte », accusant la gauche de dérive « anti-européenne ». Le PSD assure n’avoir signé « aucun accord politique pour la période postérieure à la motion de censure ». Mais il a de fait écorné, pour la première fois, le « front républicain » roumain, cette règle implicite d’isolement de l’extrême droite qui permettait jusqu’alors de contenir, tant bien que mal, l’ascension des formations ultranationalistes et populistes vers le pouvoir.
Un pays clé de l’Otan en Europe de l’Est
Depuis les législatives de 2024, l’Assemblée nationale roumaine compte trois partis d’extrême droite représentés – AUR, mais aussi POT (Parti de la jeunesse), fondé par l’une de ses dissidentes, et SOS Roumanie, plus radicalement antieuropéen, antivax et prorusse – qui, à eux trois, réunissent plus d’un tiers des députés. Pays clé de l’Otan en Europe orientale, situé à la frontière avec l’Ukraine, la Roumanie est aussi voisine de la Moldavie, pays roumanophone que le leader nationaliste du parti AUR voudrait annexer.
Lors de la présidentielle, George Simion était arrivé en tête au premier tour avec plus de 40 % des suffrages. Le barrage républicain, qui a permis au maire indépendant de Bucarest Nicusor Dan d’être élu à la présidence, pourrait ne pas résister à de nouveaux assauts.
Vers de nouvelles négociations
Après la motion de censure, les sociaux-démocrates espèrent négocier en position de force. Leur dirigeant, Sorin Grindeanu, est le mieux placé pour être nommé Premier ministre et tenter de former une coalition encore plus bancale que la précédente, avec des partis d’extrême droite en embuscade et toujours plus hauts dans les sondages, tandis que les réformes économiques restent en chantier.



