Somalie, Syrie, Afghanistan : le Mali n'est le décalque d'aucun scénario djihadiste
Pourquoi le Mali n'est ni la Somalie ni la Syrie

Une situation unique en son genre

Alors que la guerre au Mali dure depuis 2012, de nombreux observateurs ont tenté de comparer ce conflit à d'autres théâtres djihadistes comme la Somalie, la Syrie ou l'Afghanistan. Pourtant, selon une analyse approfondie publiée par Libération, le cas malien est fondamentalement différent. « Le Mali n’est le décalque d’aucun scénario djihadiste », affirme le chercheur spécialiste du Sahel, cité dans l'article.

En Somalie, le groupe Al-Shabaab contrôle de vastes territoires et impose une administration parallèle. En Syrie et en Irak, Daech a brièvement érigé un califat. En Afghanistan, les talibans ont mené une insurrection de longue durée avant de reprendre le pouvoir. Au Mali, aucun groupe ne parvient à établir un contrôle durable et homogène sur une grande région.

La fragmentation des groupes armés

L'une des principales spécificités maliennes est la fragmentation extrême des groupes djihadistes. Au lieu d'une organisation centralisée, on trouve une myriade de factions locales, souvent liées à des revendications communautaires ou ethniques. « Il y a une multitude de groupes, parfois alliés, parfois ennemis, ce qui rend toute comparaison avec des conflits plus structurés difficile », explique l'expert.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Cette fragmentation est alimentée par des facteurs locaux : la faiblesse de l'État, les tensions entre communautés peules et dogons, et la présence de trafics divers (drogue, armes, migrants). Les groupes djihadistes exploitent ces clivages sans pour autant parvenir à les transcender.

Un contexte géopolitique distinct

Contrairement à la Syrie, où des puissances régionales et mondiales sont directement intervenues, ou à l'Afghanistan, théâtre d'une guerre menée par les États-Unis pendant vingt ans, le Mali est marqué par une intervention internationale limitée et controversée. La force française Barkhane, puis la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), ont eu des résultats mitigés.

Depuis le retrait français et le départ de la MINUSMA en 2023, le Mali s'est tourné vers d'autres partenaires, notamment la Russie via le groupe Wagner (aujourd'hui Africa Corps). Ce changement n'a pas pour autant stabilisé le pays. « La situation sécuritaire s'est même dégradée dans certaines zones », souligne l'article.

Des dynamiques sociales et économiques propres

Le conflit malien s'enracine aussi dans des réalités sociales et économiques spécifiques. La pauvreté, le chômage des jeunes et le sentiment d'abandon par l'État central sont des moteurs puissants de la rébellion. « Au Mali, le djihadisme est souvent une réponse à des injustices locales plutôt qu'une adhésion à une idéologie globale », analyse le chercheur.

De plus, la question touareg, qui a alimenté les rébellions des années 1990 et 2000, s'est entremêlée avec le djihadisme sans se confondre. Les groupes comme le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'État islamique au Grand Sahara (EIGS) recrutent dans différentes communautés, mais leurs objectifs restent flous et changeants.

Conclusion : des leçons limitées

L'article conclut que les parallèles avec la Somalie, la Syrie ou l'Afghanistan sont trompeurs. « Chaque conflit a sa propre logique. Vouloir appliquer les recettes qui ont fonctionné ailleurs, c'est prendre le risque d'échouer », avertit l'expert. Pour le Mali, la solution ne pourra venir que d'une approche adaptée à ses réalités locales, incluant un dialogue politique inclusif et un développement économique durable.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale