Épidémie d'hantavirus sur un navire de croisière : une mobilisation sanitaire internationale
Épidémie d'hantavirus sur un navire : mobilisation internationale

Une épidémie rare d’hantavirus survenue à bord du navire MV Hondius a déclenché une mobilisation sanitaire internationale pour identifier les cas et comprendre les modes de transmission. C’est au début d’un week-end prolongé, le 1er mai dernier en Afrique du Sud, que Lucille Blumberg, spécialiste des maladies infectieuses à l’institut national sud-africain des maladies transmissibles, a reçu un message d’un collègue évoquant une maladie inconnue à bord d’un bateau de croisière. Ce signalement a marqué le début d’une course contre la montre pour collecter des échantillons de passagers infectés par l’hantavirus, une pathologie rare à l’origine d’une épidémie mortelle.

Le signalement initial

Lucille Blumberg a raconté comment tout est parti d’un mail envoyé « par un contact personnel ». Ce consultant en santé pour les territoires d’outre-mer britanniques lui a indiqué que le 11 avril dernier, un ressortissant néerlandais est décédé à bord du navire MV Hondius. Son épouse, débarquée en Afrique du Sud quelques jours plus tard, a été prise d’un malaise à l’aéroport de Johannesburg avant de succomber à l’hôpital quinze jours après. Le contact faisait également état d’un ressortissant britannique présent sur le navire, atteint d’une pneumonie sévère. Évacué à Johannesburg et placé en soins intensifs, ce dernier avait été testé négatif aux maladies habituelles rencontrées sur les croisières, comme la grippe ou la légionellose.

L’identification du virus

« J’ai reçu cet appel à 18 heures le vendredi (1er mai), jour férié, indiquant qu’il était négatif aux maladies fréquentes », explique Lucille Blumberg. Elle a alors demandé une nouvelle batterie de tests avec un prélèvement « provenant des parties les plus profondes des poumons ». Soupçonnant l’hantavirus en raison des voyages de certains passagers en Argentine et au Chili, où la maladie est endémique, Lucille Blumberg a sollicité un test spécifique dès le samedi matin. Le résultat, parvenu l’après-midi, était positif. « La personne qui s’en est chargée a dit : « Oh mon dieu » », raconte-t-elle. Après confirmation, les autorités sanitaires et l’OMS ont été alertées.

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Le dimanche matin, Lucille Blumberg a cherché à savoir si des prélèvements sanguins de l’épouse néerlandaise décédée étaient encore disponibles. Bien que les laboratoires ne conservent normalement ces échantillons qu’une semaine, le délai était dépassé. « Fort heureusement, c’était le cas, probablement en raison du jour férié de vendredi », précise-t-elle.

Séquencer le génome viral

L’analyse a confirmé qu’il s’agissait du deuxième cas d’infection. Un troisième cas, débarqué du bateau il y a deux semaines, est actuellement traité à Zurich, selon les autorités suisses. Au total, l’OMS recense cinq cas suspects et deux décès. Si les humains contractent généralement l’hantavirus par contact avec des rongeurs, les patients de Johannesburg et Zurich sont atteints de la souche « Andes » de l’hantavirus, la seule capable de se transmettre entre humains. Toutefois, cette transmission n’est pas « fréquente », souligne Lucille Blumberg, qui n’a recensé que deux foyers épidémiques dans la littérature médicale, aucun sur un navire.

Quelle est la prochaine étape pour les chercheurs ? Manuel Schibler, qui dirige le laboratoire de virologie des hôpitaux universitaires de Genève et supervise le patient traité à Zurich, explique que « la prochaine étape consiste à séquencer l’ensemble du génome viral ». Cela permettrait « d’établir un lien avec la localisation géographique de la première personne infectée par ce virus ». Lucille Blumberg appelle à la patience pour permettre aux chercheurs de collecter des informations solides, tout en saluant le travail « déterminant » de l’OMS dans la coordination des efforts. « Vous ne pouvez pas faire cela seul », conclut-elle.

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