Ouzbékistan : le tourisme, un tueur en série pour les routes de la Soie
Ouzbékistan : le tourisme, un tueur en série ?

Alors que l'Ouzbékistan mise sur le tourisme pour dynamiser son économie, les habitants des routes de la Soie tirent la sonnette d'alarme. Selon un récent rapport, le nombre de visiteurs a bondi de 300% en cinq ans, transformant des sites historiques en pièges mortels pour les communautés locales. Les autorités locales reconnaissent que la pression touristique met en péril à la fois l'authenticité des lieux et la sécurité des résidents.

Un afflux touristique record

Chaque année, des millions de touristes affluent vers Samarcande, Boukhara et Khiva, joyaux de la route de la Soie. En 2023, le pays a accueilli 7 millions de visiteurs, contre 2 millions en 2018. Cette croissance fulgurante, encouragée par la suppression des visas pour de nombreux pays, a des conséquences dramatiques. Les infrastructures locales, pensées pour une fréquentation modeste, sont saturées. Les habitants décrivent des rues impraticables, des files d'attente interminables devant les monuments, et une flambée des prix qui les exclut de leur propre patrimoine.

Dans la médina de Boukhara, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, les habitants se sentent pris en otage. « Nous ne pouvons plus circuler librement, nos maisons sont envahies par les touristes qui photographient tout, même nos cours intérieures », témoigne un artisan local. Les boutiques de souvenirs ont remplacé les ateliers traditionnels, et les jeunes quittent la ville, faute de logement abordable.

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Des sites en péril

La surfréquentation cause aussi des dégâts irréversibles sur les monuments historiques. Selon les archéologues, les fresques et les mosaïques se dégradent à cause de l'humidité provoquée par la respiration des foules. Le mausolée de Chah-i-Zinda à Samarcande, haut lieu de pèlerinage, voit passer jusqu'à 10 000 visiteurs par jour, alors que sa capacité maximale est estimée à 2 000. Les autorités ont dû installer des barrières de protection, mais les dégradations continuent.

Le gouvernement ouzbek, conscient du problème, a lancé un plan de préservation. « Nous investissons dans la restauration et nous limitons l'accès aux sites les plus fragiles », assure un responsable du ministère du Tourisme. Mais les mesures sont jugées insuffisantes par les défenseurs du patrimoine, qui réclament des quotas stricts et une meilleure répartition des flux touristiques sur l'ensemble du territoire.

Un tourisme « tueur en série » ?

L'expression est forte, mais elle traduit le sentiment d'une partie de la population. Pour les habitants des routes de la Soie, le tourisme n'apporte pas que des bénéfices. Les accidents de la route impliquant des bus touristiques se multiplient, et les secours sont débordés. En 2024, un accident a fait 12 morts près de Samarcande, suscitant une vague d'émotion. Les villageois dénoncent des routes non adaptées et des chauffeurs pressés.

Au-delà des drames, c'est un mode de vie qui disparaît. Les traditions artisanales, comme le tissage de la soie ou la céramique, sont menacées par la production de masse destinée aux touristes. « On nous demande des copies bon marché, plus personne ne veut apprendre les techniques ancestrales », confie un maître artisan de 70 ans. La transmission du savoir-faire est en péril.

Quelles solutions pour un tourisme durable ?

Face à ce constat, des initiatives voient le jour. Des ONG locales proposent des circuits alternatifs, hors des sentiers battus, pour désengorger les sites majeurs. Elles encouragent le tourisme rural, dans des villages reculés de la vallée de Fergana ou du désert de Kyzylkoum. L'objectif est de répartir les bénéfices et de préserver l'authenticité des lieux.

Les autorités, elles, misent sur la haute saison pour étaler les visites. « Nous voulons un tourisme de qualité, pas de quantité », affirme le vice-ministre du Tourisme. Mais les experts restent sceptiques. Sans une régulation forte, le pays risque de sacrifier son patrimoine sur l'autel de la croissance. L'UNESCO a d'ailleurs menacé de retirer certains sites de la liste du patrimoine mondial si des mesures drastiques ne sont pas prises.

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En attendant, les habitants des routes de la Soie vivent dans la peur. Peur de perdre leur maison, leur identité, leur vie. Le tourisme, qui devait être une manne, est devenu un fardeau. La question est désormais de savoir si l'Ouzbékistan saura trouver l'équilibre entre développement et préservation, avant qu'il ne soit trop tard.