« Narchomicide » : le nouveau mot qui entre dans Le Petit Robert
« Narchomicide » : un nouveau mot dans Le Petit Robert

Le mot « narchomicide », contraction de « narcobanditisme » et « homicide », fait son entrée dans la nouvelle édition du Petit Robert, aux côtés de quelque 150 autres mots et expressions. Créé en 2023 par l’ancienne procureure de Marseille Dominique Laurens, ce terme est né dans un contexte de violence liée au trafic de stupéfiants dans la cité phocéenne, où près de 50 personnes ont été tuées cette année-là dans une guerre de clans.

Une définition concise pour un phénomène grave

Le Petit Robert définit le narchomicide comme « un meurtre lié au trafic de drogue ». Dominique Laurens expliquait à l'époque à France Info : « On n’est pas véritablement dans la notion de règlement de comptes, mais vraiment sur des homicides liés au narcobanditisme. » Cette distinction est importante car le droit pénal français ne considère pas le trafic de drogue comme une circonstance aggravante pour un meurtre.

Une prise de conscience politique

Le sénateur LR du Rhône, Etienne Blanc, corapporteur d’une enquête parlementaire sur le narcotrafic, souligne que l’entrée de ce mot dans le dictionnaire montre que « la question du narcotrafic prend une place bien identifiée, voire prépondérante » dans la sphère criminelle. Il estime que le déni sur la puissance des organisations criminelles a laissé place à un « éveil des consciences ». Selon lui, « qu’on aille chercher un mot spécifique, c’est la marque d’une inquiétude et de l’identification d’un problème particulier dans notre société. Et si on l’identifie, alors ça veut dire que c’est grave. »

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Un terme controversé

La pertinence de ce néologisme est cependant sujette à débat. Clotilde Champeyrache, spécialiste de la mafia et directrice du pôle sécurité au Cnam, déplore une « surenchère » avec l'ajout du préfixe « narco » devant tout. Elle estime que cela « biaise le regard et empêche de voir tout l’écosystème qu’il y a autour des organisations criminelles », notamment le sort des mineurs recrutés sur les réseaux sociaux pour des activités illégales diverses.

Jean-François Gayraud, commissaire général de la police nationale, pointait en 2025 une « ambiguïté » dans ce terme, qui pourrait laisser croire que les gangsters se contentent de se tuer entre eux, ce qui est faux. Clotilde Champeyrache ajoute que cette étiquette « narco » pourrait même être « valorisante » en suscitant la crainte ou l'emballement médiatique.

Un débat nécessaire

Si le terme « narchomicide » permet d'identifier un phénomène spécifique, son utilisation soulève des questions sur la manière dont la société perçoit et traite la criminalité organisée. Entre reconnaissance d'un problème grave et risque de simplification excessive, le débat reste ouvert.

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