Les mots se brisent parfois sous l'émotion. Les longues respirations accompagnent la remontée des souvenirs. À l'évocation de leur oncle, le sergent-chef américain Elmer John Boehnke, Rick Loehmiller, 70 ans, et Beth Schumacher, 67 ans, peinent à retenir leurs larmes. Huit décennies après sa mort, le jeune soldat américain continue de faire battre les mémoires familiales.
Un héros de la Provence
Elmer John Boehnke n'avait que 20 ans lorsqu'il a perdu la vie, en 1944, au large de l'embouchure du Var, ce fleuve côtier près de Nice. Son avion bombardier avait été touché par les tirs de la défense antiaérienne allemande (DCA) lors des opérations de libération de la Provence. Ce dimanche 24 mai au matin, son nom a été choisi et honoré lors de la traditionnelle cérémonie du Memorial Day au cimetière américain de Draguignan. Venus spécialement des États-Unis, Rick Loehmiller et Beth Schumacher ont honoré la mémoire de leur oncle.
Une guerre juste
Pour son neveu et sa nièce venus des États-Unis, ce voyage en France a une portée intime. Un océan les séparait de leur illustre oncle. Ils sont désormais au plus près. « C'est très important pour nous d'être ici, confie Rick. Il y a quatre-vingt-trois ans, mon oncle était tellement convaincu du bien-fondé du combat qu'il a donné sa vie pour cette juste cause. Nous sommes très fiers de son histoire. »
Le jeune Elmer avait grandi modestement dans une ferme du Dakota avant de s'engager en 1943. Dans les archives familiales, il reste peu de traces matérielles de sa vie en Europe : quelques lettres adressées à sa mère, des documents officiels annonçant sa mort, des papiers d'assurance. « Il parlait de ses entraînements dans des lettres envoyées à sa mère, mais il n'a jamais envoyé de photo de lui lorsqu'il était en France », raconte Rick. Mais, au fil des recherches menées par l'historien Michel Delannoy, la famille a pu retrouver des fragments supplémentaires du puzzle. Documents inédits, archives militaires, photographie aérienne… autant de traces précieuses du jeune soldat qui ne doivent pas devenir poussière.
Une vie à ne pas oublier
« Aller libérer la France était naturel pour lui », rappelle Rick. Une conviction nourrie par les liens historiques entre les deux pays. « L'histoire des États-Unis est intimement liée à celle de la France », détaille-t-il, évoquant la guerre d'Indépendance américaine, la Louisiane ou encore les deux conflits mondiaux. « Si Dieu le veut, nos pays continueront de collaborer au service de la démocratie. »
Être présent aux cérémonies du souvenir représente pour eux une grande responsabilité. « Il nous incombe de faire en sorte que leur mort ne soit pas vaine. Nous devons transmettre leur histoire et veiller à ce que le monde n'oublie jamais leurs actes. » Durant leur séjour en Provence, Rick et Beth ont multiplié les visites sur les lieux de commémoration, de La Motte au Muy, en passant par Les Arcs, accompagnés des membres de l'association du Souvenir franco-américain, présidée par Willy Brücker. Une expérience qui les a profondément marqués. « À notre retour aux États-Unis, nous allons rejoindre l'association », annonce Rick. Avant cela, ils poursuivront leur périple sur les plages du Débarquement.
Au-delà des cérémonies, l'accueil reçu en France restera ancré à jamais. « Nous avons beaucoup apprécié l'hospitalité, la générosité, la chaleur des gens ici et le rosé », avouent-ils. Pour cette famille américaine, la transmission familiale est essentielle. « Nous en avons beaucoup parlé à nos enfants respectifs. » Engagé dans l'Armée américaine, le fils de Rick séjournera d'ailleurs cet été en France, à Salon-de-Provence.
Le Memorial Day
Hier matin, s'est déroulée la traditionnelle cérémonie du Memorial Day, au cimetière américain Rhône Méditerranée, en présence de la famille d'Elmer John Boehnke. Plusieurs centaines de personnes ont rendu hommage aux membres des forces armées américaines morts au combat, toutes guerres confondues. 861 personnes y reposent dont une seule femme, Aleda Ester Lutz. Les différentes prises de parole ont rappelé que « notre liberté a été achetée au prix du sang ». « Beaucoup n'avaient jamais quitté leur pays mais n'ont pas hésité à traverser l'Atlantique. Non pas pour conquérir, mais pour libérer. » Cette année a revêtu un sens particulier puisque les Américains célèbrent le 250e anniversaire de la fondation de leur pays. Un quart de millénaire de « principes partagés avec la France pour défendre des droits inaliénables et concourir à la poursuite du bonheur ».



