Claude Lévi-Strauss en 1985 : « Je déteste les voyages, mais c'est nécessaire »
Lévi-Strauss en 1985 : « Je déteste les voyages »

En 1985, à l'occasion de la parution de son ouvrage La Potière jalouse, Claude Lévi-Strauss (1908-2009) accordait un entretien au Nouvel Observateur. Il y livrait une réflexion incisive sur la théorie freudienne et révélait un paradoxe de taille pour un anthropologue : sa détestation profonde des voyages, qu'il concevait non comme un plaisir, mais comme une nécessité scientifique pour appréhender les cultures.

Un paradoxe anthropologique

« Je déteste les voyages, mais c'est la condition inévitable pour voir un certain nombre de choses », déclarait Claude Lévi-Strauss. Cette déclaration surprenante intervient alors que l'anthropologue venait de passer des décennies à étudier des cultures lointaines, notamment en Amérique du Sud. Pour lui, le voyage n'était pas une source d'émerveillement mais une contrainte imposée par la recherche. Il ajoutait : « Si je pouvais rester chez moi et étudier les mythes, je le ferais. »

Critique de la psychanalyse freudienne

Dans cet entretien, Lévi-Strauss s'attaquait également à la théorie freudienne, qu'il jugeait trop centrée sur l'individu et insuffisamment attentive aux structures sociales. « Freud a découvert des mécanismes importants, mais il les a universalisés de manière abusive », expliquait-il. Il opposait à la psychanalyse une approche structuraliste, où les mythes et les symboles sont analysés comme des systèmes de relations indépendants des psychismes individuels.

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Les Jivaros et la culture japonaise

L'anthropologue évoquait aussi ses travaux sur les Jivaros, une population amazonienne connue pour ses pratiques de réduction de têtes. Il soulignait que ces pratiques, souvent perçues comme barbares, relevaient d'une logique symbolique complexe. Par ailleurs, il exprimait son admiration pour la culture japonaise, qu'il considérait comme l'une des plus raffinées au monde. « Le Japon a su préserver une esthétique et une philosophie uniques, tout en intégrant la modernité », notait-il.

La genèse de La Potière jalouse

Interrogé sur son nouvel ouvrage, Lévi-Strauss expliquait que La Potière jalouse marquait un retour à une forme plus concise après les quatre volumes des Mythologiques. « Les Mythologiques étaient de très gros livres. La Potière jalouse est tout petit en comparaison », disait-il. Il précisait que ce livre correspondait à une période différente de sa vie et à une perspective nouvelle, centrée sur un mythe spécifique.

Un héritage intellectuel

Cet entretien, publié le 12 juillet 2026 dans nos archives, témoigne de la pensée toujours acérée de Claude Lévi-Strauss au milieu des années 1980. Ses réflexions sur le voyage, la psychanalyse et les cultures non occidentales continuent d'influencer l'anthropologie contemporaine. Selon Didier Eribon, qui recueillit ses propos, Lévi-Strauss était « un penseur qui ne cessait de remettre en question les évidences, y compris les siennes ».

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