Lotchen Rimpotché, grand maître bouddhiste et suppléant du Dalaï-lama dans un monastère en Inde, est actuellement à Villeneuve-lès-Avignon pour quelques jours. Il y donne un enseignement à l’Institut bouddhiste et assiste à la projection d’un documentaire, deux événements ouverts au public. Dans un entretien traduit du tibétain par Gilbert, son accompagnateur français, il revient sur son parcours marqué par l’oppression chinoise et l’exil.
Une jeunesse sous le joug chinois
En 1959, alors que la Chine prend le contrôle total du Tibet, Lotchen Rimpotché a 16 ans. Sa famille, aisée, est expropriée : sa maison est donnée à des pauvres, et ils récupèrent un logement modeste. « On a tout perdu. Nous avons vécu dans la misère », confie-t-il. En tant que réincarnation d’un grand maître, sa famille subit des souffrances encore plus grandes. À 18 ans, il est envoyé en travaux forcés : huit ans à construire des routes, puis huit autres à édifier des bâtiments, en travail saisonnier à cause du froid hivernal. Pendant vingt-sept ans, il est contraint à ces corvées.
Intronisé lama à 5 ans
Lotchen Rimpotché est reconnu comme la réincarnation de Lorépa, un disciple de Milarépa, l’un des plus grands saints bouddhistes du XIIIe siècle. « J’ai été intronisé à l’âge de 5 ans et je suis devenu moine », explique-t-il avec humilité. Malgré l’interdiction, il pratique le bouddhisme en secret. « C’était encore plus difficile pour mes parents », ajoute-t-il. Sa mère et son intendant meurent en prison, tandis que son père est libéré après quinze ans d’incarcération.
L’exil en Inde
En 1987, il obtient une permission pour se rendre en Inde. Il part en voiture avec des compagnons et ne retourne jamais au Tibet. « La plupart des réfugiés venaient à pied par les montagnes », souligne-t-il. En Inde, il étudie le Lamrim pendant trois ans à Dharamsala, puis rejoint la communauté monastique de Dagpo Dratsang. Pensant rentrer au Tibet, il constate un « trou générationnel » parmi les réfugiés, et on lui demande de s’occuper des jeunes. Le monastère où il vit aujourd’hui, dans la vallée du Kullu-Manali, a été inauguré en 2005 par le Dalaï-lama, dont il est le suppléant.
Une visite rare en France
Lotchen Rimpotché voyage rarement : il n’est venu en France que trois fois. Il restera à Villeneuve-lès-Avignon jusqu’à mercredi avant de rentrer en Inde en juillet. Interrogé sur la situation des bouddhistes au Tibet, il répond : « Les conditions sont difficiles. Il faut rester discret pour ne pas être inquiété. »
Note : Dans la tradition bouddhiste, “Rinpoché” ou “Rimpotché” signifie “une personne de grande valeur”, un titre honorifique donné par les disciples à leur maître.



