Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré jeudi 9 juillet à Niamey que la Russie entendait « poursuivre le soutien militaire aux États du Sahel » lors d'une visite officielle au Niger, première étape d'une tournée africaine. Accueilli par son homologue nigérien, Bakary Yaou Sangaré, Lavrov a insisté sur la volonté de Moscou de renforcer les capacités de défense des pays sahéliens face à la menace jihadiste.
Une visite stratégique dans un contexte de basculement
Cette visite intervient alors que le Niger, dirigé par un régime militaire depuis le coup d'État de juillet 2023, s'éloigne de ses partenaires occidentaux traditionnels, notamment la France, pour se rapprocher de la Russie. Lavrov a salué les « progrès significatifs » dans la lutte antiterroriste menée par les autorités nigériennes, tout en appelant à une « coordination accrue » entre les pays du Sahel.
Le chef de la diplomatie russe a également rencontré le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahamane Tiani. Selon un communiqué officiel, les deux hommes ont discuté de « l'approfondissement de la coopération bilatérale », en particulier dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Un soutien militaire déjà tangible
La Russie a déjà livré du matériel militaire au Niger, notamment des hélicoptères et des systèmes de défense antiaérienne, dans le cadre d'accords conclus après le putsch. En mars 2024, des instructeurs russes de l'unité Africa Corps (ex-Groupe Wagner) sont arrivés à Niamey pour former les forces nigériennes. Lavrov a confirmé que « plusieurs dizaines de formateurs » étaient déjà sur place et que leur nombre pourrait augmenter.
« Nous répondons favorablement aux demandes de nos amis nigériens », a-t-il ajouté, sans préciser le volume exact de l'aide militaire. Selon des sources sécuritaires locales, la Russie aurait fourni des équipements de communication et des véhicules blindés légers.
Une tournée sahélienne pour contrer l'influence occidentale
Après le Niger, Lavrov doit se rendre au Burkina Faso et au Mali, deux autres pays dirigés par des juntes militaires et où la Russie a renforcé sa présence. Cette tournée vise à consolider les alliances de Moscou dans une région où l'influence française s'effrite. Depuis 2020, les coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont conduit à l'expulsion des forces françaises et à un rapprochement avec la Russie.
Lavrov a dénoncé « l'ingérence des puissances occidentales » dans les affaires africaines, appelant à un « partenariat égalitaire » entre la Russie et les pays du Sahel. Il a également critiqué les sanctions imposées par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) contre le Niger, les qualifiant de « contre-productives ».
Des enjeux économiques et diplomatiques
Au-delà du militaire, la visite de Lavrov a aussi une dimension économique. Le Niger, riche en uranium, cherche à diversifier ses partenaires après la rupture des accords avec la France. Moscou s'est dit prêt à investir dans les secteurs minier et énergétique. Selon des sources diplomatiques, un accord de coopération dans le domaine nucléaire civil serait en discussion.
« La Russie est un partenaire fiable qui respecte notre souveraineté », a déclaré le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, lors d'une conférence de presse conjointe. Il a également annoncé la réouverture prochaine de l'ambassade du Niger à Moscou, fermée depuis 1992.
Réactions internationales
La visite de Lavrov a suscité des critiques de la part des pays occidentaux. Un porte-parole du département d'État américain a estimé que « la Russie cherche à exploiter l'instabilité au Sahel pour étendre son influence ». De son côté, la France, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a déploré « un choix qui éloigne le Niger de ses partenaires traditionnels ». L'Union européenne a réaffirmé son soutien à la Cédéao dans ses efforts pour restaurer l'ordre constitutionnel au Niger.
Selon le chercheur Ibrahim Maïlafia, spécialiste du Sahel à l'Université de Niamey, « cette visite confirme le basculement géopolitique de la région. Le Niger mise sur la Russie pour sa sécurité, mais les résultats sur le terrain restent à démontrer. »



