La police indienne a brutalement interrompu, samedi 18 juillet, une grève de la faim entamée vingt jours plus tôt par des étudiants et des enseignants pour dénoncer des fraudes massives aux examens universitaires dans l'État du Rajasthan. L'intervention a fait plusieurs blessés, selon des témoins.
Une action policière controversée
Les forces de l'ordre ont utilisé des matraques et du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants rassemblés devant le secrétariat d'État à Jaipur, la capitale régionale. Au moins 15 personnes ont été hospitalisées, dont trois dans un état grave. "Ils nous ont attaqués sans sommation, alors que nous étions assis pacifiquement", a déclaré à l'Agence France-Presse (AFP) Ravi Sharma, un étudiant en droit de 22 ans, qui participait au mouvement.
La grève de la faim avait débuté le 28 juin pour protester contre des fuites de sujets et des corruptions présumées lors des examens d'entrée à l'université et des concours de la fonction publique. Les organisateurs affirment que des milliers de candidats auraient obtenu des réponses à l'avance, compromettant l'équité du système éducatif.
Des fraudes à grande échelle
Selon un rapport interne de l'université du Rajasthan, consulté par Le Monde, plus de 40 % des candidats à l'examen d'entrée en médecine de 2025 auraient bénéficié de fuites. "Nous avons des preuves que des réseaux organisés vendaient les sujets jusqu'à 500 000 roupies (environ 5 600 euros)", a indiqué le professeur Sunil Mehta, membre du comité de vigilance de l'université.
Le gouvernement régional, dirigé par le parti Bharatiya Janata (BJP), a nié toute implication et accusé les grévistes de vouloir perturber l'ordre public. "La police n'a fait que rétablir la circulation et la sécurité", a déclaré le ministre de l'Intérieur du Rajasthan, Gopal Singh, lors d'une conférence de presse. Il a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "émeute et entrave à la voie publique".
Un mouvement qui prend de l'ampleur
La grève de la faim avait gagné en ampleur ces derniers jours, avec des rassemblements de soutien dans plusieurs villes du Rajasthan, dont Udaipur et Kota. Des syndicats d'enseignants et des partis d'opposition avaient appelé à une journée de solidarité lundi. "C'est une attaque contre la liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement", a dénoncé Priyanka Gandhi, députée du Congrès national indien, sur Twitter.
L'Inde connaît depuis plusieurs années des scandales de fraude aux examens, notamment dans les États du Bihar et du Rajasthan. En 2023, une enquête du Central Bureau of Investigation (CBI) avait révélé que des fonctionnaires et des intermédiaires avaient vendu des sujets du concours national d'entrée dans la fonction publique, touchant des centaines de postulants.
Réactions internationales
L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) a exprimé sa préoccupation. "Le droit à l'éducation inclut l'intégrité des examens. Nous appelons les autorités indiennes à garantir des processus transparents et à protéger les lanceurs d'alerte", a déclaré un porte-parole à Genève.
La répression policière a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux en Inde, avec le hashtag #JusticeForStudents en tendance. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont demandé la libération des grévistes et l'ouverture d'une enquête indépendante sur les violences.
Alors que la session des examens d'automne approche, les étudiants menacent de poursuivre la mobilisation. "Nous ne nous tairons pas. La fraude doit cesser", a averti Ravi Sharma depuis son lit d'hôpital.



