Près de 70 hippopotames, descendants directs des quatre animaux importés illégalement par le narcotrafiquant Pablo Escobar dans les années 1980, posent aujourd'hui un sérieux problème écologique et sécuritaire en Colombie. Le gouvernement colombien a annoncé un plan ambitieux pour contrôler cette population invasive, combinant stérilisation chirurgicale, translocation et, dans certains cas, euthanasie.
Une prolifération incontrôlée
Les hippopotames, originaires d'Afrique, ont été introduits dans la propriété d'Escobar, l'Hacienda Nápoles, située dans le département d'Antioquia. Après la mort du baron de la drogue en 1993, les animaux se sont échappés et ont colonisé le fleuve Magdalena. Selon les autorités environnementales, la population est passée de 4 individus à environ 70 en 2023, avec un taux de croissance annuel de 10 à 15 %. « Si rien n'est fait, ils pourraient être 400 d'ici 2035 », alerte David Echeverri, coordinateur du projet à l'ONG Cornare.
Impact écologique et risques pour les humains
Ces herbivores géants modifient les écosystèmes aquatiques en broutant la végétation et en compactant les sols, ce qui affecte la qualité de l'eau et la biodiversité locale. Ils entrent également en conflit avec les communautés riveraines, détruisant les cultures et représentant un danger mortel. En 2022, un homme a été tué par un hippopotame dans la région. L'espèce est classée comme invasive par le ministère colombien de l'Environnement depuis 2021.
Un plan de gestion controversé
Le plan gouvernemental, doté d'un budget de 2 milliards de pesos (environ 500 000 euros), prévoit la stérilisation d'une cinquantaine d'animaux, une opération délicate et coûteuse (environ 10 000 euros par animal). Parallèlement, une translocation vers des réserves ou des zoos à l'étranger est envisagée, mais seuls quelques pays ont accepté d'accueillir ces animaux. L'euthanasie, bien que prévue, suscite de vives réactions des associations de protection animale. « Tuer ces animaux est une solution de facilité, il faut des alternatives éthiques », déclare Marcela Londoño, directrice de l'ONG Animal Defenders.
Un précédent historique
Ce n'est pas la première fois que la Colombie tente de gérer cette population. En 2009, une opération de stérilisation avait été lancée, mais abandonnée faute de moyens. Aujourd'hui, l'urgence est réelle, car les hippopotames se reproduisent plus vite que prévu et étendent leur territoire. Le gouvernement espère réduire la population de moitié d'ici cinq ans, mais les défis logistiques et éthiques restent immenses.



