Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est en pleine euphorie après la tenue de son congrès à Essen, les 29 et 30 juin 2024. Avec des sondages le plaçant à 16 % au niveau national, son meilleur score historique, le parti se sent pousser des ailes à l'approche de trois élections régionales cruciales en septembre dans l'est du pays.
Un congrès sous le signe de l'unité
Contrairement aux précédentes réunions souvent marquées par des querelles internes, le congrès d'Essen a affiché une unité rare. Les délégués ont réélu à une large majorité les coprésidents Tino Chrupalla et Alice Weidel, avec respectivement 82 % et 79 % des voix. « Nous sommes plus unis que jamais, prêts à gouverner », a déclaré Weidel devant une salle comble.
Le parti a adopté un programme radical, notamment sur l'immigration et l'énergie, appelant à un « remigration » massive et à la sortie de l'Union européenne. Ces positions, bien que controversées, séduisent une partie de l'électorat, en particulier dans les Länder de l'Est où l'AfD est créditée de 28 à 30 % des intentions de vote.
Des scores records dans les sondages
Selon un sondage Infratest dimap publié le 30 juin, l'AfD atteint 16 % au niveau national, soit un gain de 4 points par rapport à janvier 2024. Ce score place le parti juste derrière la CDU/CSU (30 %) et le SPD (18 %). Dans l'est, l'AfD devance même la CDU dans certains sondages régionaux, notamment en Thuringe et en Saxe.
« Ces chiffres sont le résultat d'un travail acharné et d'une ligne claire », a commenté Chrupalla. Le parti mise sur le mécontentement croissant envers la coalition gouvernementale d'Olaf Scholz, minée par les disputes sur le budget et la politique climatique.
Des élections régionales décisives en septembre
Les trois élections régionales du 22 septembre en Saxe, Thuringe et Brandebourg sont considérées comme un test majeur pour l'AfD. Dans ces régions, le parti pourrait devenir la première force politique, voire obtenir la majorité absolue en Thuringe, où son candidat Björn Höcke est en tête des sondages avec 31 %.
Une telle victoire serait historique pour l'extrême droite allemande et pourrait déstabiliser le paysage politique national. Les autres partis excluent toute coalition avec l'AfD, ce qui compliquerait la formation de gouvernements régionaux stables.
Une dynamique inédite malgré la surveillance
L'AfD est actuellement classée comme « parti suspect » d'extrémisme par l'Office fédéral de protection de la constitution (BfV) dans plusieurs Länder. Malgré cela, le parti continue de gagner du terrain. « La surveillance nous donne une visibilité, mais elle ne nous freine pas », a affirmé un délégué.
Les observateurs politiques notent que l'AfD bénéficie d'un contexte favorable : inflation persistante, crise énergétique et anxiété face à l'immigration. La guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie alimentent également le discours eurosceptique et anti-OTAN du parti.
Réactions contrastées dans la classe politique
Les partis traditionnels ont vivement réagi. Le chancelier Olaf Scholz a qualifié l'AfD de « danger pour la démocratie », tandis que le chef de la CDU, Friedrich Merz, a appelé à un front républicain pour contrer l'extrême droite. Cependant, des voix s'élèvent pour critiquer l'inefficacité de cette stratégie.
« L'AfD n'est plus un phénomène marginal, mais une force politique centrale », analyse le politologue Hajo Funke. « Les partis établis doivent proposer des solutions crédibles aux problèmes des citoyens, plutôt que de simplement diaboliser l'AfD. »
À l'approche des élections, l'AfD entend capitaliser sur cette dynamique. Ses dirigeants promettent une campagne agressive, ciblant notamment les jeunes via les réseaux sociaux. « Nous sommes le parti du changement », a conclu Weidel, sous les acclamations de ses partisans.



