Les coups sûrs, vifs et précis résonnent contre l'immense paroi du fort troglodytique de la Roque Saint-Christophe en Dordogne. Ce vendredi 15 mai, le site accueille un symposium international de tailleurs de silex, un événement exceptionnel ouvert au public. Après plusieurs minutes de concentration, Sofus Stenak, un jeune Danois, laisse échapper un cri de joie partagé par les curieux : il a réussi à délivrer une longue lame de son nucleus en silex de Bergerac. Ces éclats, aussi fins que tranchants, étaient utilisés au Paléolithique pour couper, tailler ou tuer.
Des gestes ancestraux transmis avec passion
À ses côtés, Jan Scheide, venu d'Allemagne, frappe son bloc de silex avec un bois d'élan. « Plus solide et plus flexible que la pierre », indique ce géologue de formation, une peau de cuir posée sur la cuisse comme unique protection face aux coups. Pour façonner une « feuille de laurier », il faut « choisir son silex, sélectionner les bons outils, savoir par où commencer puis en sortir un outil. Cela prouve que les hommes du Paléolithique avaient les mêmes capacités que nous », souligne l'organisateur de ce colloque international accueilli pour la première fois en France.
En marge des Préhistoriales, ce rendez-vous de médiation préhistorique proposé durant le pont de l'Ascension sur la commune de Peyzac-le-Moustier, au cœur de la « Vallée de l'Homme », était ouvert au public. Les visiteurs ont pu assister à des démonstrations de musiques de la préhistoire, de pistage, de tannage de peau ou d'allumage de feu sans allumettes.
Des outils sophistiqués à partir d'une simple roche
Visibles jusqu'à ce dimanche, les pointures de la taille de silex venues de toute l'Europe ont montré leur expertise. « Convexité, préparation du point de percussion et angle à moins de 90 degrés sont les règles d'or pour tailler un silex », résume Éric Braconnier, qui fabrique toute l'année « haches polies, propulseurs, bifaces et silex » pour des musées et médiateurs afin de « vulgariser la préhistoire ». « On ne taille pas pour faire beau mais pour mieux comprendre ces communautés, leur mode de vie et transmettre cet héritage aux générations futures », approuve Samuel Castillo Jiménez, son confrère espagnol.
Maarten Peels, régisseur de cinéma, ne quitte pas des yeux les mains des tailleurs de silex pour comprendre « le process, les gestes, la naissance de l'outil ». Il a déjà arpenté le muséum national de la Préhistoire situé aux Eyzies pour préparer son long-métrage, dans la suite d'un film court intitulé « The Bison's Legs ». « Les films préhistoriques sont seulement violents. Je veux faire un film poétique et véridique scientifiquement », explique-t-il.
« On peut démontrer que les hommes des cavernes n'étaient pas stupides, au contraire, ils parvenaient à sortir des outils très sophistiqués à partir d'une simple roche ! » insiste Elena Moos, archéologue allemande qui a fait de sa passion d'adolescente son métier pour en apprendre plus sur nos ancêtres : « Quand je taille, je me sens connectée. »



