En Cisjordanie, le football est bien plus qu'un sport. C'est une échappatoire, un moment de liberté dans un quotidien marqué par l'occupation et les restrictions de mouvement. Les terrains de football, souvent improvisés, sont des îlots de résistance et de joie pour les jeunes Palestiniens.
Un terrain de foot sous les barbelés
Dans le village de Bil'in, un terrain de football a été aménagé juste à côté du mur de séparation israélien. Les barbelés qui surplombent le terrain rappellent constamment la réalité de l'occupation. Pourtant, chaque jour, des enfants et des adolescents se rassemblent pour jouer, dribbler et marquer des buts, oubliant un instant les difficultés.
« Ici, on est libres », explique Ahmad, 14 ans, en essuyant la sueur de son front. « Quand je joue au foot, je ne pense plus aux checkpoints, aux soldats, à tout ça. » Le ballon, usé par les cailloux du terrain, est leur seul trésor.
Les checkpoints, un obstacle quotidien
Se rendre sur le terrain est déjà un parcours du combattant. Les checkpoints israéliens, omniprésents, ralentissent les déplacements et imposent des contrôles humiliants. « Parfois, on doit attendre des heures pour passer », raconte Youssef, l'entraîneur bénévole. « Et si on a un match important, c'est la panique. On ne sait jamais si on pourra arriver à temps. »
Malgré tout, la passion du football reste intacte. Les clubs locaux, comme le Beitunia FC, tentent de maintenir une vie sportive, mais les moyens manquent. Les maillots sont souvent déchirés, les chaussures trouées. « Nous avons besoin de matériel, de terrains dignes de ce nom », plaide Youssef.
Le football, vecteur d'espoir
Pour les jeunes Palestiniens, le football est aussi un moyen de rêver d'un avenir meilleur. Certains suivent les exploits de joueurs professionnels comme Mohamed Salah ou Lionel Messi, et espèrent un jour quitter la Cisjordanie pour jouer dans de grands clubs. « Je veux devenir footballeur professionnel, comme Salah », déclare Mahmoud, 12 ans, les yeux brillants. « Je sais que c'est difficile, mais je continuerai à m'entraîner. »
Les organisations humanitaires, comme l'UNRWA, tentent de soutenir ces initiatives en fournissant des équipements et en organisant des tournois. Mais le contexte politique rend toute action compliquée. « Chaque match est une victoire sur l'occupation », affirme un responsable local.
Un match sous tension
Un après-midi, un match amical est organisé entre deux villages voisins. Les joueurs arrivent par petits groupes, certains ayant marché des kilomètres pour éviter les checkpoints. Le coup d'envoi est donné, et le match commence dans une ambiance électrique. Les cris des supporters, les encouragements, les rires : tout semble normal. Mais au loin, on entend le bruit des hélicoptères israéliens. La guerre n'est jamais loin.
À la mi-temps, un soldat israélien s'approche du terrain. Les joueurs s'arrêtent, le cœur battant. Mais le soldat se contente de regarder, puis repart. Le match reprend, plus intense que jamais. « On ne leur laissera pas nous voler notre joie », lance un joueur.
La résistance par le sport
Le football en Cisjordanie est un acte de résistance pacifique. Il permet de maintenir un lien social, de transmettre des valeurs de solidarité et de persévérance. Malgré les obstacles, les Palestiniens continuent de jouer, de rêver et de lutter pour leur dignité. Comme le dit un vieux proverbe palestinien : « Le ballon ne connaît pas les frontières. »



