Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a qualifié de "bluff très dangereux" les velléités séparatistes de la province d'Alberta. S'exprimant lundi 25 mai à Ottawa, l'ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre, qui a vécu la campagne du Brexit, a mis en garde contre les conséquences d'un tel choix : "J'ai vu de mes propres yeux ce qui s'est passé au Royaume-Uni [...] Dix ans plus tard, ils essaient toujours de défaire ce pour quoi (ils) ne pensaient pas avoir voté."
Un référendum sur l'indépendance en vue
Ces déclarations font suite à l'annonce de la Première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, qui souhaite organiser le 19 octobre un vote public afin de décider s'il convient d'engager un référendum sur la séparation de la province du Canada. Interrogé sur une éventuelle tentative de dissuader la dirigeante albertaine, Mark Carney a rétorqué : "La Première ministre ne suit pas toujours mes conseils."
Des tensions sur fond pétrolier
Depuis l'élection de Mark Carney en avril dernier, l'élan séparatiste s'est renforcé dans cette province riche en hydrocarbures, où persistent des griefs historiques envers le pouvoir fédéral. Danielle Smith, tout en affirmant soutenir un "Canada uni", qualifie les séparatistes "d'Albertains loyaux" qui "aiment profondément leur province". Selon un sondage récent, environ 30 % des habitants de l'Alberta soutiennent le projet séparatiste. En mai, une pétition pour l'ouverture d'un référendum a recueilli 300 000 signatures. Le mouvement est animé par la conviction qu'Ottawa, par son intervention fédérale jugée excessive, étouffe l'industrie pétrolière albertaine tout en freinant les investissements. En 2024, l'Alberta a produit plus de 80 % du pétrole brut canadien. Pourtant, depuis plusieurs semaines, Mark Carney et Danielle Smith ont tenté d'améliorer leurs relations autour de la thématique de l'or noir. Un projet d'oléoduc d'une capacité d'un million de barils par jour a été lancé au début du mois.
L'opposition conservatrice se positionne
Dans son propre camp, les ambitions séparatistes de Danielle Smith ne font pas que des heureux. Pierre Poilievre, chef de l'opposition conservatrice et lui-même albertain, a affirmé jeudi que "tous les conservateurs feront campagne pour l'unité canadienne en Alberta". "Je veux une Alberta forte au sein d'un Canada uni", a-t-il ajouté. Conscient de l'importance des enjeux économiques, le Premier ministre a rappelé qu'un tel référendum n'était pas inscrit au programme de la dirigeante de l'Alberta. Il a assuré à Politico que "faire partie du Canada apporte de nombreux avantages économiques : faire partie de notre vaste marché, faire partie d'accords de libre-échange avec un milliard et demi de personnes à travers le monde". Se présentant en défenseur de "l'unité canadienne", Mark Carney a ajouté : "Les Canadiens prennent soin les uns des autres. [...] Nous prenons soin les uns des autres d'une province à l'autre, nous veillons les uns sur les autres à l'échelle internationale."
Contexte de tensions avec les États-Unis
Ces déclarations sur l'unité nationale interviennent également dans un contexte de tensions avec les États-Unis, Donald Trump ayant menacé d'annexer le Canada à plusieurs reprises. Quelques semaines plus tôt, après qu'il a été révélé que des séparatistes albertains avaient pris contact avec le mouvement Maga, et que Danielle Smith avait rendu visite à Donald Trump peu avant son retour à la Maison-Blanche, Ottawa avait averti Washington contre toute ingérence. Un référendum sur l'indépendance d'une province ne serait pas une première au Canada. En 1980 puis 1995, le "non" l'avait emporté au Québec.



